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Full text of "Les noms de lieu de la Vallee Moutier-Grandval (Jura bernois)"

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LES  NOMS  DE  LIEU 

DE  LA 

VALLÉE  MOUTIER-GRANDVAL 

(JURA  BERNOIS) 
ÉTUDE   TOPONOMASTIOUE 


THESE 

PRÉSENIÉE    À    LA 

FACULTÉ   DE   PHILOSOPHIE   DE    ZURICH 

POUR 

L'OBTENTION  DU  GRADE  DE  DOCTEUR 


CHARLES    DE    ROCHE 

DE    ROCHES 


THESE   ACCEPTEE    PAR    LA    FACULTE 
SUR    LA    PROPOSITION   DE    MM.    J.  ULRICH    ET    E.  BOVET 


HALLE    (S.) 

IMPRIMÉ   PAR    EHRHARDT   KARRAS 
igo6 


LES  NOMS  DE  LIEU 

DE  LA 

VALLÉE  MOUTIER-GRANDVAL 

(JURA  BERNOIS) 
ÉTUDE   TOPONOMASTIOUE 


THESE 

PRÉSENTÉE   À   LA 

FACULTÉ   DE   PHILOSOPHIE  DE   ZURICH 

POUR 

L'OBTENTION  DU  GRADE  DE  DOCTEUR 


CHARLES    DE    ROCHE 

DE   ROCHES 


THÈSE   ACCEPTEE  PAR  LA   FACULTE 
SUR   LA   PROPOSITION  DE  MM.   J,  ULRICH   ET   E.  BOVET 


HALLE   (S.) 

IMPRIMÉ  PAR  EHRHARDT   KARRAS 
igo6 


Erschienen  als  Beiheft  zur  Zeitschrift  fur  rorr.anische  Philologie,  IV. 


Table  des  matières. 


pag. 

Introduction i — 5 

A.  Phonétique  du  patois  de  Moutier-Grandval. 

a)  Vocalisme 6 — 12 

b)  Consonnantisrae 12 — 17 

B.  Toponomastique. 

a)  Noms  de  lieu  dérivés  de  noms  d'homme,     (i.  Noms 

de  familles  et  sobriquets.     2.  Prénoms.     3.  Noms  de  saints.)  18 — 22 

b)  Faune    et  Flore.     (Noms   dérivés  de   noms  i.  d'animaux. 

2.  de  plantes.) 22 — 27 

c)  Topographie,     (i.  le  sol.     2.  l'eau.) 27 — 33 

d)  Cultures  et  activité  de  l'homme.  (l.  Habitation  et 
industrie.  2.  Cultures:  a)  champs;  /9)  forêt;  y)  clôture  et 
chemin.     3.  Outils.) 34 — 42 

e)  Noms  de  lieu  d'origine  ecclésiastique 42 — 43 

f)  Noms  de  lieu  d'origines  diverses 43 — 44 

g)  Noms  d'origine  obscure 44 — 45 

C.  Conclusion 46 — 47 


Ouvrages  spéciaux  consultés. 


Adam,  Les  Patois  Lorrains.     Nancy  i88l. 

Ascoli,  Schizzi  franco-provenzali.    Arch.  glott.  III.  II. 

Bridel,   Glossaire  du  patois  de  la  Suisse  romande.    Lausanne  l866. 

Daucourt,  Dictionnaire  historique  des  paroisses  de  l'ancien  évêché  de  Bâle. 

Porrentruy  1897. 
Degen,  Das  Patois  von   Crémine.    Diss.     Basel   1896. 
Du  Cange,   Glossarium  mediae  et  infirmae  latinitatis.     Paris   184O. 

—  Fontes  rerum  Bernensium.     Bern    1883. 

Galschet,  A.,   Ortsetymologische  Forschungen.    I.  Bd.     Bern   1867. 
Gauchat,   Le  patois  dé  Dompierre.    Diss.    Zurich   1891. 
Godefroy,  Dictionnaire  de  l'ancienne  langue  française,    Paris   1881. 
Grammont,    Mémoires   de   la   soc.  linguistique  de  Paris.     1900 — 1901.     Le 

Patois  de  Damprichard. 
G  robe  r,   Grundrifs  der  rom.  Phil.    Strafsburg   1888. 
Holder,  A.,  Altkellischer   Wortschatz.    I.  II.    Leipzig  1896. 
Kôrting,  Latein.-roman.    Wôrterbuch.     2.  Aufl.     Paderborn   1901. 
Kiibler,    Die  suffixhaltigen  romanischen  Flurnamen   Graubiindens.    Leipzig 

1894.       b)    Berg-    und  Flurnamen  der   Gemeinde  Chamounix.     Progr. 

Miinnerstadt  1901. 

—  Mémoires  de  la  Soc.  jurassienne  d'Emulation.     1880  — 1900. 
Mcyer-Liibke,     Grammatik    der    roman.    Sprachen.     I  (1890).     II  (1894). 

Leipzig. 

—  Einfùhrung   in   das    Studium   der   roman.    Sprachwissenschaft.    Heidel- 

berg  1901. 

Muret,  E.,  Notes  sur  le  projet  d'un  dictionnaire  toponomastique  de  la 
Suisse  romande.     (Manuscrit.) 

Puitspeiu.  a)  Phonétique  Lyonnaise.  Lyon  1885.  b)  Dictionnaire  étymo- 
logique d.  patois  lyonnais.     1890. 

Raspieler,  Ferd.,  Les  Paniers.  Poème  patois.  1736.  Publ.  par  X.  Kohler. 
Porrentruy   1849. 

Ritter,    Les  noms  de  famille.    Paris  1875. 

Rolland,  Flore  et  Faune  popul.  de  la  France.    Paris   1877 — 1883. 

Rossât,  Noëls  jurassiens.    Rev.  suisse  des  traditions  populaires,  vol.  III.  IV. 

Rousse  y.   Glossaire  du  parler  de  Bournois.     Paris   1894. 

Scbindler,    Vokalismus  v.  Sornetan.    Diss.    Leipzig   1887. 


s  c  h  ô  p  f  1  i  n ,  Alsatia  diplomatica. 

Schuchardt,  H.,  Romanische  Etymologien.     Wien.    I.  II.     1898. 

—   Schweizerisches  Idiotikon.    Bd.  I — 4. 

Silvio  Pieri,    Toponomastica   délie    valli  del  Serchio   e   délia  Lima.     Arch. 

glott.  suppl.   V. 
Trouillat,    Monume?its   de    l'histoire   de    l'ancien    évêché  d.  Bâle.     Porren- 

truy   1852. 
Thurneysen,  R.,  Kelto-romanisches.    Halle   1884. 
Zimmerli,  Die  deutsch-franzôsische  Sprachgrenze  in  d.  Schweiz.    I.  II.  III. 

Bâle-Genève  iSqg. 


Digitized  by  the  Internet  Archive 

in  2010  with  funding  from 

University  of  British  Columbia  Library 


http://www.archive.org/details/lesnomsdelieudelOOroch 


Introduction. 


Ce  sont  les  pages  suggestives  de  la  „Einfuhrung"  de  Meyer- 
Lûbke  sur  la  toponomastiqiie  qui  m'ont  fait  entreprendre  cette  étude. 
J'étais  donc  averti  des  difficultés  que  présente  ce  genre  de  re- 
cherches. Mais  l'amour  des  patois,  une  récente  affection  pour  la 
dialectologie  et  le  désir  surtout  de  pénétrer  le  mystère  des  noms 
de  lieu  de  mon  pays  d'origine  m'ont  fait  oublier  la  témérité  de 
l'entreprise.  Qu'une  certaine  indocilité  d'humeur  ait  pu  me  faire 
quitter  trop  facilement  peut-être  des  sentiers  battus,  j'en  conviens, 
mais  aujourd'hui  au  terme  de  la  course,  qui  dira  que  j'en  reviens 
les  mains  vides?  Puisse  auprès  de  plus  habiles  l'honnêteté  de 
l'eff'ort  racheter  les  jeunesses  de  l'exécution. 


Mon  champ  d'étude  se  borne  aux  deux  paroisses  Moutier  et 
Grandval  au  Jura  bernois,  soit  les  huit  villages:  Moutier,  Roches, 
Perrefitte,  Bélprahon,  Grandval,  Eschert,  Crémine  et 
Corcelles;  autrement  dit  la  vallée  de  la  Birse  depuis  Court  à  la 
Verrerie  de  Roches  avec  le  bassin  hydrographique  de  ses  deux 
affluents,  la  Challière  et  la  Raus,  entre  la  montagne  de 
Moutier  et  le  Moron  d'une  part,  le  Graittery  et  le  Raimeux 
de  l'autre.  Ainsi  délimité  le  territoire  dont  la  configuration  oro- 
graphique est  des  plus  accidentées  embrasse  un  espace  de  72  km^, 
étendue  sur  laquelle  nous  avons  recueilli  600  noms  de  lieu  dif- 
férents, les  variantes  adjectives  et  prépositives  non  comprises.  Ce 
n'est  qu'un  centième  environ  de  la  Suisse  romande  et  il  sera 
permis  d'induire  de  là  que  la  somme  approximative  des  noms  du 
„diclionnaire  toponomastique  de  la  Suisse  française''^  en  voie  d'élabo- 
ration sera  de  60  à  70000,  même  en  comptant  que  la  fréquence 
des  noms  de  lieu  à  densité  égale  d'habitants  sera  moins  forte 
dans  la  plaine  qu'en  pays  de  montagnes  de  petite  ou  moyenne 
élévation.  Quelle  mine  précieuse  pour  le  linguiste  d'abord,  pour 
le  naturaliste,  l'historien  et  l'ethnographe  ensuite! 

Les  matériaux  du  présent  travail  se  composent  des  nomen- 
clatures officielles  transcrites  telles  quelles  des  pians  cadastraux 
des  communes  en  question,  puis  des  noms  qui  ne  vivent  que  dans 
la   tradition  orale  et  de  ceux  enfin  que  nous  avons  tirés  d'anciens 


manuscrits  notamment  d'un  „régtstre  de  reconnaissance  des  propriétés 
du  chapitre  de  l'église  collégiale  Moutier-Grandval  (1673  — 1 683)  ". 
Pour  cette  dernière  partie  qui  impliquait  le  relevé  des  anciennes 
graphies  nous  aurions  souhaité  une  récolte  moins  maigre.  Mal- 
heureusement l'état  des  archives  de  „rancien  évêché  de  Baie" 
déposées  au  Kafigturra  à  Berne  ne  permet  pas  encore  de  re- 
cherches systématiques;  il  est  certain  en  outre  qu'une  bonne  partie 
des  archives  de  l'ancienne  prévôté  Moutier-Grandval  a  été 
détruite  à  Moutier  même  lors  de  l'occupation  française  en  1798.1 
Ce  que  nous  avons  trouvé  enfin  en  fait  de  graphies  anciennes 
dans  les  liasses  poudreuses  des  archives  communales  ne  remonte 
jamais  au  delà  du  XVI  siècle,  et  qu'est-ce  que  300  môme  400  ans 
dans  la  vie  dun  mot!  Il  ne  faut  du  reste  pas  se  figurer  que  les 
documents  du  XVI=,  XVIP  et  même  du  XVIII^  siècle  reproduisent 
intégralement  la  nomenclature  actuelle.  Contrairement  aux  obser- 
vations faites  par  Mr.  Gilliéron2  sur  les  noms  de  lieu  du  Val 
d'Anniviers,  je  constate  que  les  „lieux-dits"  ^  d'aujourd'hui  n'y 
figurent  que  partiellement  et  que  j'en  rencontre  d'autres  dont  le 
souvenir  est  complètement  éteint  chez  les  habitants  du  lieu.  Ajou- 
tons que  les  vieux  se  souviennent  de  noms  qu'ignorent  les  jeunes, 
que  d'autres  que  l'écriture  n'a  jamais  fixés  tombent  visiblement  en 
désuétude  et  que  leur  vitalité  se  mesure  à  la  fréquence  de  leur 
emploi.  Dès  lors  rien  n'empêche  de  croire  que  tel  nom  d'usage 
rare  ait  pu  disparaître  avec  la  génération  même  qui  l'a  vu  naître. 
L'idée  trop  accréditée  à  mon  avis  de  la  fixité  des  noms  de  lieu 
en  général  est  donc  susceptible  de  notables  réserves.  Ce  qui  est 
vrai  d'une  manière  presque  absolue  des  noms  de  lieux  habités,  ne 
l'est  plus  pour  cette  catégorie  de  noms  que  nous  appelons  les 
lieux-dits.     Leur  fixité  est  plus  apparente  que  réelle. 

Quant  aux  variantes  graphiques  dont  la  valeur  et  l'utilité  se 
mesurent  à  l'ancienneté,  elles  ne  simplifient  pas  toujours  la  question. 
Flottantes  presque  toujours,  contradictoires  parfois,  elles  compliquent 
le  problème  étymologique  en  multipliant  les  conjectures.  Selon 
l'âge,  la  nature  ou  la  provenance  du  document  les  noms  de  lieu 
se  présentent  tantôt  affublés  d'une  toge  latine,  qui  sent  le  couvent, 
plus  tard  en  habit  parisien  suivant  la  chancellerie,  et  enfin  plus 
modestement  et  sans  fard  dans  les  actes  d'origine  plus  récente  et 
plus  laïque,  un  peu  décoiffés  dans  le  vrai  costume  du  parler  local. 
Toujours  exposé  à  des  déformations  arbitraires  dues  à  l'ignorance 
ou  aux  prétentions  étymologiques  de  son  scribe,  le  nom  de  lieu 
devient    facilement   la   proie   d'une  fausse  tradition.     Il  arrive  alors 

*  Cf.  C.  Folletête,  ..Les  orii^ines  du  Jura  bernois"  Porrentruy  1888; 
„La  prévôté  de  M.-G.  pendant  ta  Révolution"  et  ..Relation  de  la  destruction 
de  ta  bannière  de  la  Prévôté  de  Moutier."  Dans  les  ..actes  de  la  Société 
Jurassienne  d'émulation"   1890 — 91,  2.  série. 

»  Rom.  XXV,   1896,  p.  424. 

'  Je  me  servirai  de  ce  terme  par  opposition  à  „nom  de  village,  hameau" 
etc.,  il  traduit  l'allemand  „Flurnamen". 


que  tombé  en  désuétude  et  devenu  inintelligible  il  continue  son 
existence  sous  une  graphie  erronée  ou  prenne  légèrement  modifié 
le  masque  de  l'étymologie  populaire.  Mais  toutes  ces  chances 
d'erreur  n'enlèvent  rien  à  la  valeur  intrinsèque  des  anciennes 
graphies.  Chaque  fois  qu'on  se  trouve  en  face  de  mots  obscurs 
sortis  du  lexique  de  la  langue  vivante,  leur  absence  se  fait  pénible- 
ment sentir.  Il  ne  reste  alors  qu'à  faire  jouer  avec  d'autant  plus 
de  rigueur  les  lois  de  la  phonétique. 

A  trois  reprises  les  patois  de  notre  Jura  ont  fait  le  sujet 
d'études  dialectales.  En  1887  a  paru  la  dissertation  de  Schindler, 
Der  Vokalismiis  von  Sorneian  dont  les  données  sont  souvent  in- 
exactes, en  1891  l'étude  bien  connue  de  Zimmerli,  Die  deutsch- 
franz'ôsische  Sprachgrenze  im  schweiz.  Jura,  et  en  1896  celle  de 
Degen,  Das  Patois  von  Crémine,  qui,  quoique  consciencieuse,  a  le 
tort  de  ne  point  tenir  ce  que  le  titre  semblait  promettre.  L'auteur 
ne  parle  que  du  Vocalisme.  Après  en  avoir  contrôlé  et  modifié 
légèrement  les  résultats  nous  y  joignons  aujourd'hui  le  consonnanfisme 
et  plaçons  cette  phonétique  en  tête  du  présent  travail.  Elle  servira 
de  base  et  d'instrument  de  contrôle  à  nos  affirmations  et  hypo- 
thèses étymologiques  et  de  point  de  départ  peut-être  à  mes  suc- 
cesseurs. 

Au  point  de  vue  de  la  langue  le  Jura  bernois  romand  appar- 
tient à  la  France  bourguignonne.  Sans  transition  brusque  ses 
parlers  se  rattachent  aux  parlers  de  cette  province  dont  les  dernières 
ramifications  sur  sol  suisse  s'étendent  jusqu'à  la  rive  gauche  du 
lac  de  Bienne.  A  qui  parcourt  le  Jura  en  observant  ses  habitants 
et  leur  langue,  des  groupements  s'imposent.  Et  à  défaut  des 
matériaux  linguistiques  nécessaires  et  de  données  historiques  assez 
précises  pour  justifier  cette  subdivision  je  la  baserai  sur  l'opinion 
que  M.Grdher  a  émise  dans  son   Grundrifs^: 

„Nichtverstàndlichkeit  einer  Sprache  diirch  die  andere  oder  ein 
durch  Réflexion  vermittelles  Verstehen  sind  ohne  Zweifel  das  Merkmal 
einer  andern  Sprache,  und  wo  immer  das  unmittelbare  Verstehen  der 
Sprache  jemandes  durch  die  eigene  Sprache  wegen  ahiveichenden  Klanges 
der  nàmlichen  W'ôrter  oder  wegen  verschiedenen  Sinnes  der  Worier 
aufhort,  liegt  gesonderte  Sprache  oder  Mmidart  vor.'^ 

Partant  de  ce  critère  psychologique  j'observe  que  les  Jurassiens 
d'origine  différente  ne  se  comprennent  pas  immédiatement  et  qu'ils 
s'accordent  dans  la  manière  dont  ils  localisent  eux-mêmes  en  régions 
distinctes  les  parlers  de  leur  pays.  2  Avec  eux  l'on  distinguera  les 
6  groupes  de  parlers  que  voici: 


1  Gdr.  12  p.  539. 

2  A  ce  propres  rien  n'est  plus  instructif  que  la  visite  de  la  grande  foire 
annuelle  cbevalline  à  Chindon  ail.  ,,Zer  Kinden"  un  antique  *Kindunum 
aujourd'hui  hameau.  Ce  jour  n'est  pas  seulement  le  rendez-vous  de  3000  che- 
vaux, c'est  aussi  celui  de  cent  parlers  locaux  divers  du  Jura  d'abord,  puis  des 

I* 


1^   les  franches  Montagnes. 

2^  l'A  joie  (l'ancien  Alsgau). 

3"   la  vallée  de  Delémont. 

40  l'ancienne  prévôté  Moutier-Grandval. 

50  le  val  de  St-Imier  (éteint). 

6"  la  montagne  de  Diesse.* 

Ces  deux  derniers  groupes  vont  on  plutôt  allaient  ancienne- 
ment rejoindre  les  patois  neuchâtelois  près  de  La  Chaux-de-fonds 
dans  la  montagne  d'une  part,  près  de  Cornaux  sur  la  rive  du  lac 
de  Bienne  de  l'autre.  Sans  aborder  ici  la  question  si  controversée 
de  l'existence  fictive  ou  réelle  de  limites  dialectales  au  sens  de 
ligne  ou  au  sens  de  zone,  je  me  borne  à  constater  que  sur  un 
parcours  d'une  dizaine  de  kilomètres  la  chaîne  du  Chasserai  forme 
frontière  entre  français  proprement  dit  et  moyen  rhodanien.  L'on 
peut  aisément  eii  adoptant  la  théorie  de  Grôber  se  représenter 
une  pareille  chaîne  de  montagnes  comme  l'obstacle  naturel  contre 
lequel  sont  venues  se  heurter  deux  ondes  circulaires  émanées  de 
deux  centres  de  culture  différents,  d'un  côté  Neuchâtel,  chef  lieu 
du  Canton,  de  l'autre  Besançon,  l'ancienne  capitale  et  métropole 
ecclésiastique  de  la  Bourgogne.  Qu'un  accident  topographique 
considérable  puisse  jouer  ce  rôle  n'a  du  reste  jamais  été  mis  en 
doute,  mais  qu'un  facteur  d'ordre  historique  relativement  récent, 
la  religion,  ait  pu  jouer  un  rôle  décisif  dans  la  différenciation  des 
traits  phonétiques  de  deux  parlers  voisins,  voilà  qui  est  à  priori 
moins  évident.^  Mais  si  on  a  pu  constater  entre  le  patois  de  La 
Perrière  et  celui  des  Bois,  deux  villages  voisins,  situés  sur  un 
même  plateau,  une  frappante  divergence  dialectale,  il  en  faut  con- 
clure un  manque  de  relations  presque  complet  et  prolongé,  un 
état  de  choses  que  semble  parfaitement  expliquer  le  fait  que  La 
Ferrière  est  protestante.  Les  Bois  catholique.3 

Si  cette  interprétation  est  juste,  l'on  est  en  droit  de  se  de- 
mander: Pourquoi  le  même  phénomène  ne  se  reproduit-il  ailleurs 
dans   des    conditions    semblables?      Pourquoi,    pour   en    revenir   à 


répons  avoisinantes.  J'observe  qu'à  l'heure  où  la  foire  bat  son  plein  le  vieux 
patoisant  s'y  meut  avec  aisance  et  sûrelè.  Sans  se  tromper,  il  distingue  au 
geste  et  à  la  physionomie  le  Juif  alsacien  de  l'Anabaptiste  de  la  montagne, 
mais  au  parler  l'„Ajoulot"  (habitant  de  l'Ajoie)  du  ,,Vâdais"  (hab.  du 
val  de  Delémont)  le  ,,Siilz"  (hab.  de  la  Prévôté,  ainsi  nommé  à  cause  de 
l'alliance  avec  Berne)    du   „Mountaignoun"  (hab.  des  Franches-Montagnes). 

'  Court  et  Tavanne  dans  la  vallée  supérieure  de  la  Birse  présentent 
de»  caractères  phonétiques  tellement  à  part  qu'on  peut  les  considérer  comme 
des  Ilots  linguistiques;  cf.  Zimmcrli  I  p.  68  e.  s.  et  ses  tableaux. 

'  Cf.  le  romansch  dit  protestant  et  catholique. 

'  Si  ce  facteur  religieux  n'est  pas  fictif,  il  a  dû  jouer  un  rôle  dans  le 
développement  du  dialecte  vaudois ,  qui  lui  doit  peut-être  sa  physionomie 
caractérisquc.  L'on  sait  que  du  provençal  au  vaudois  la  transition  n'est  rien 
moins  qu'insensible  et  le  biographe  de  l'idiome  des  vallées  dauphinoises  de 
Freyisinièrc  et  Du  Queiraz  qui  sont  le  siège  de  groupements  vaudois, 
et  dci  ..vailles  vaudoises  du  Piémont"  fera  bien  de  prendre  la  chose  en 
séricuïc  coonidération. 


notre  point  de  départ,  le  parler  des  huit  communes  protestantes 
de  la  vallée  de  Moutier  va-t-il  rejoindre  celui  de  la  vallée  de 
Delémont  sans  transition  brusque,  en  passant  par  une  zone  inter- 
médiaire, représentée  par  les  trois  villages  catholiques  voisins,  Elay, 
Rebevilier,  CoUrrendlin?  Pourquoi  cette  transition  est-elle  si 
sensible  du  côté  de  Souboz  et  Sornetan?  (catholiques).  Pourquoi 
enfin  si  violente  vers  le  sud,  de  Moutier  à  Court?  La  question 
est  des  plus  délicates,  et  se  rattache  probablement  à  la  coloni- 
sation de  nos  vallées.     Qu'il  suffise  ici  de  l'avoir  soulevée. 


Quant  à  la  vitalité  de  nos  patois,  les  révélations  pénibles  de 
Zimmerli  me  dispensent  d'en  dire  plus  long.  Elles  ne  sont  que 
trop  vraies.  Pour  la  dialectologie  le  val  de  St-Imier  est  déjà 
mort;  grâce  au  chemin  de  fer  toute  la  vallée  de  la  Birse  est 
mourante  et  dans  un  avenir  prochain  l'idiome  indigène  de  la 
contrée  qui  nous  occupe  ne  sera  plus.  Déjà  le  chef  lieu  du  district, 
Moutier  ne  compte  plus  que  quatre  représentants  authentiques 
du  parler  local.  L'oubli  et  l'indifférence  à  l'égard  d'une  tradition 
peut-être  dix  fois  séculaire  envahissent  la  campagne  où  les  jeunes 
se  contentent  d'écouter  les  vieux  „ jaser  leur  patois".  Les  ravages 
de  l'école,  du  journal,  du  service  militaire,  que  sais -je  encore, 
hâtent  l'agonie  de  ce  vieux  corps  usé.  Les  apôtres  du  progrès 
parlent  de  „ dégel",  soit.  Pour  nous  il  y  a  de  la  tristesse  à  voir 
disparaître  lentement  un  idiome  porteur  et  reflet  d'une  antique 
culture,  d'un  grand  passé.  Rien  n'est  plus  mélancoUque  que  ces 
restes  d'ancienne  nationalité  qui  s'en  vont.  Avec  eux  le  noyau 
même  de  l'ancienne  prévôté  Moutier-Grandval  aura  perdu  le  dernier 
trait  de  sa  physionomie  originale.  Ce  que  jour  après  jour  d'une 
main  froide  et  profane  la  civilisation  nous  emporte,  ce  sont  des 
reliques.  Les  noms  seuls  lui  échapperont:  noms  de  famille,  noms 
de  lieu,  derniers  et  humbles  épaves  d'un  grand  naufrage. 


A. 
Plionétique  du  patois  de  Moutier-Grandval. 

Transcription  des  sons. 

a)  Voyelles:  a  =  a  français  —  /  =  /français  —  .^,  ?  =  v. 
fermées  —  à  ^=  a  parisien  —  f,  p  =  w.  ouvertes  —  9  =  e  fr.  dans 
le,  me  etc.  —  u  =  u  îx.  —  «  =  ou  fr.  —  no  =  signe  de  nasali- 
sation, les  petites  voyelles  au  dessus  de  la  ligne  -",  -*,  ont  la 
même  valeur  que  des  notes  de  complément  en  musique. 

b)  Consonnes:  /,  d,  l,  r,  m,  n,  f,  v,  e  =  comme  en  français. 
g  =  explosive  vélaire  sonore.  —  s  =  fricative  sourde.  —  0  = 

fricative  sonore.  —  /  =  sibillante  sourde.  —  i  =  sibillante  sonore. 
—  X  ^  spiranie  médio  palatale  sourde.  —  y  =  spirante  médio 
palatale  sonore.  —  w  =  spirante  bilabio  vélaire  {lois).  —  h  =  h 
allemand.  —  00  =  pour  indiquer  la  mouillure.  —  -  =  la  longueur 
et  -  =  la  brièveté.  — 

Abréviations:  M.  pr.  Moutier;  R.  pr.  Roches,  P.  pr.  Perrefitte, 

B.  pr.  Bélprahon,  E.  pr,  Eschert,  G.  pr.  Grandval,  Cr.  pr.  Crémine, 

C.  pr.  Corcelles,  Tr.  pr.  Trouillat,  r.  r.  pr.  registre  d.  reconnaissance, 
cité.  a.  c.  ::=  archives  communales.  —  s.  f.  =  substantif  féminin.  — 
s.  m.  =  substantif  masculin. 

a) 

Le  Vocalisme.' 

I.    Traitement  de  a  latin. 

a  latin  tonique  libre  ou  entravé  aboutit  toujours,  sauf  con- 
ditions spéciales,  à  à. 

levare  >  j/wa,  arborera  >  àbr,  pratum  ^  prd,  mar- 
morera  >•  mdbr,  latro  >•  làr,  à  côté  de  lard.,  lardura  >>  Idr, 
partem  >  par. 

a  -{-  i  présente  le    même  résultat  maju  >  ma,       factu  ^  /à. 


'  Nou»  résumons  ici  sous  un  point  de  vue  et  dans  un  ordre  différent 
avec  de  nouveaux  exemples  les  résultais  de  l'étude  citée  de  M.  Dc}^en  (cl. 
Intrd.). 


Conditions  spéciales. 

i^  a  tonique  libre  ou  entravé  devant  /  persiste:  malu  >>  ma, 
ala  >>  âl,  aitu  >  hâ,  saltum  >>  sa. 

Rem.  Ce  phonème  est  caractéristique  pour  les  parlers  des 
districts  de  Porrentruy,  Delémont  et  Moutier,  tandis  que 
Court,  Tavannes,  Vauffelin,  Romont,  montagne  de  Diesse 
présentent  o. 

Même  résultat  en  syllabe  atone  calamellu  >•  tsalmë,  sal- 
toriu  >>  sâtu,     salicetum  >  sâsi,     saltariolu  >>  sïïtro. 

Rem.  Les  mots  tàby,  ëtdby  sortis  de  tabula,  *stabula,  sont 
des  formes  secondaires  refaites  sur  le  français.  L'on  trouve  encore 
tâl,  étal,  (Develier),  c'est  la  forme  régulière  que  présente  du  reste 
Les    Paniers.     Comme    ailleurs    dyàl  <<  diabolum    est    irrégulier. 

2**.    a  tonique    libre    ou    entravé    suivi  d'une    nasale  devient  §, 
ana  >  l§n,    famem  "^  f§,    tabanu  >  tàvç,    tantum  >>  tç,    ani- 
ma >  cm. 

3^*.  Précédé  d'une  palatale  il  devient  z':  vindicatum,  vin- 
dicata,  vindicare>  vSdzV,  précédé  d'une  palatale  et  suivi  d'une 
nasale  il  devient  T  canem  >  isi. 

a  atone  libre  devient  généralement  a. 

sa(m)bîicu  >  sàyû,  farina  ^  fàrBn,  il  persiste  devant  /. 

Suivi  de  y  il  devient  à',  libre  ou  entravé,  racemum  >>  ràspn, 
sacramentum  >■  sàinnâ,  *lacticellum  >  làsê. 

Précédé  d'une  palatale  il  devient  d.  Cet  3  qu'on  peut  qualifier 
de  caduc  persiste  dans  quelques  cas  (p.  ex.  volontiers  in  pausa), 
mais  tend  d'une  manière  générale  à  s'effacer  dans  le  corps  de  la 
phrase.  *caminum  >  ismï,  *canicula  >  tlmëy,  canilem  >• 
tsni,  gallina  >  dz3?-m,  *scalitta  >  ëislat,  *canabaria  >  tsonvVr. 

Le  suffixe   -ariu,  -aria. 

pàni^  (panier),  sâti^  (sentier),  pslti^  (pelletier),  nusi^  (noyer), 
fml''  (fumier),  borlV  (sellier),  pBrmV  (premier),  dvçlrt'  (tablier). 
Isàdi^r  (chaudière),  prl^r  (pierrière) ,  gravier  (gravière),  till^r  (tui- 
lière),  vwdrVr  (verrière),  pomVr  (pommier)   s.  fera. 

Inutile  de  multiplier  les  exemples.  11  semble  établi  que  -ariu 
-aria  aient  abouti  respectivement  à  V  -Vr.  A  cette  abondance 
d'exemples  nous  n'avons  qu'un  seul  de  la  langue  vivante  à  opposer 
qui  présente  un  autre  développement,  c'est  isàrer  (charrière),  qui 
ne  peut  remonter  qu'à  carraria.  Degen  cite  le  mot,  mais  sa 
remarque:  „scheint  eine  neuere  Bildung  zu  sein"  est  gratuite. 
Après  lecture  des  pénétrantes  remarques  de  A.  Horning  sur 
l'histoire  de  -ariu  sur  territoire  lorrain-bourguignon  c'est  le  con- 
traire qui  nous  semble  vrai.^ 


1  Ztschr.  XIV,  p.  386  e.  s. 


8 

Les  bonnes  formes  indigènes  sont  S,  Çr  (resp.  eir,  eire;  er,  ère 
des  anciens  documents  bourguignons)  dont  la  présence  est  attestée 
pour  la  Bourgogne  dans  les  textes  du  moyen  âge  à  côté  de  -ier, 
-iere^  (Goerlich,  Der  BurginuUsche  Diakkt ,  Franz.  Stud.  V)  suffixe 
francien,  qui  a  fini  par  supplanter  complètement  le  nôtre.  Si  les 
traces  de  cet  état  ont  disparu  de  la  langue  vivante  d'aujourd'hui, 
nous  en  voyons  encore  comme  la  pétrification  dans  les  noms  de 
lieu  que  voici:  a)  â  r.nf  (Roches)  ail.  „im  Weih"  (de  Weiher  :=: 
vivier),  qui  doit  donc  remonter  à  viv(i)arium.  b)  lovÇr  G.  lat. 
luparia  1s f  tsiirvÇ  (ancienne  graphie,  champ  Chevré  M.)  camp u m 
caprarium,  aujourd'hui  chevrier  =  isâvn\ 

-ata  aboutit  dans  notre  patois  à  à\  pipata  '^  pipâ,  *lucu- 
brata  >  lôvrà,  rosata  >  rozà,  vannata  >•  vanà  etc.  j'estime  que 
les  formes  verbales  en  a  sont  récentes  et  dues  à  l'analogie  (masculin). 
tSàlà  <  cantatu  et  cantata,  car  les  Paniers  ont  toujours  à. 
Cf.  v.  129:  en  ne  aijffrontan,  257 — 258:  ...  (k7-an  trézallan,  De  ?nairt- 
chaindif  parçan,  usait,  engaivotan,  298:  carran  (carrée),  626:  poudran 
(poudrée). 

Traitement  de  ï  et  û  latins. 

Sans  condition  spéciale  î  et  «  toniques  libres  aboutissent 
comme  en  français  à  i  et  û\  vestitu  >  veti,  ma  tu  ru  >  màyu, 
*carrilem  >•  //an,  culu  >  tyû,  nidu  >  ;»/;f,  nudu  >>  nii,  apri- 
lem  >•  à7'ri,  *habutu  >  àyii. 

Devant  consonnes  nasales  ï  et  «  libre  ou  entravé  se  nasalisent 
et  deviennent  7  et  «.  Ce  phénomène  constitue  un  trait  spécifique 
des  parlers  bourguignons -lorrain:  ainsi  pinu  > />?,  brunu  >  bru, 
limen  '^yîm,  pluma  >^«»î,  *liniu  ~>  lîdz,  luna  >;>'««,  veni- 
men  >  vnî,  *skuma  >  ÇtSum. 

Le  suffixe  -ina  présente  un  développement  spécial,  il  a  donné 
-^n  :  f  a  r  i  n  a  >  fàr'in,     g  a  1 1  i  n  a  >  dzsr^u. 

Comme  en  français  Xa  final  latin  a  produit  un  allongement 
de  la  finale  romande:  urtica  >  or//',  via  >  w',  unita  >  ««î% 
vita  >  vV. 

i  et  ù  atones. 

I^s  atones  libres  qui  se  trouvent  en  hiatus  après  la  chute 
d'une  consonne  (/,  d,  c)  perdent  leur  valeur  vocalique  et  deviennent 
respectivement  i  et  jf:  fidare  >y^à,  sudare>jMa,  *nidata  > 
nia,  mutare>w^a,  dans  toute  autre  po.sition  elles  s'affaiblissent 
en  ?  caduc:  *scuraatoria  >  ^/.fw/c;-,  junicem  >  «'^«/j,  pri- 
mariu  >/>rm/',  filare  >/a,  *fu maria  >/p«?r,  *scuriolu  > 
f//rd,  *muricarium  > /«prafeV,  limacea  >  j)',?w<ij,  villaticu  > 
vlàdi,     Juniper  u  >  dzntvr. 

Remarque.  Les  mots  que  n'atteint  point  cette  loi,  c.-à-d.  qui 
présentent  /  ou  û  en  syllabe  atone  subissent  ou  des  analogies 
morpho!ogiqu<*s,  ou  une  influence-  sémantique 


Ainsi  les  formes  verbales:  viri^,  tirV,  mira,  hrizV,  dzilrV  s'ex- 
pliquent par  influence  du  présent  qui  porte  l'accent  sur  le  radical. 

La  confusion  que  l'on  peut  constater  dans  quelques  cas  isolés 
de  û  et  î  peut  expliquer  le  traitement  de  l'article  indéfini.  Ainsi 
Uber  devient  ywr  (/',  article  > y),     unum  >  r  et  una  >  à«. 

La  diphtongue  au. 

au  latin  tonique  (ou  atone)  libre  ou  entravé  a  toujours  abouti 
à  ç:  caulem>>//ô,     germ.  1  a  u  b  j  a  > /oa'f,     paucum>/'p,     raucu 

>  rçr,  clausum>;(ô,  auca  >  ôy,  d'origine  secondaire  dans 
fabrica  >yô"û'i;  [et  peut-être  dans  fagu  > /ô,  *navu  >  «ç]  i 
atone  dans  taurellum  > /?rê,     avicellu  >  psê,     augustum  >  ^. 

Traitement  de  o  et  o. 

L'aboutissement   de   p    et    <?   en   condition    normale    peut   être 

formule  amsi:     i.  ç  \- .     2.    o  "y-  û. 

Le  problème  que  présente  le  double  développement  de  ç: 
novum  >  «ci,  novem  >  ««y,  bovem>te'',  *tropat  > //-c;"z', 
est  des  plus  déroutant,  son  explication  reste  à  trouver. 

Les  formes  en  0  prédominent. 

lO.   p:  *crosum  >  crp,  foris  >/è'",  cordem  > /;(o",  molere 

>  modr. 

2O.  0:  duo  >  dû,  nodu  >  nûc,  *mora  >■  mûr,  prode  >  prû 
les  suffixes  -osu,  -osa,  -oriu,  -oria,  -orem,  -atorem,  aboutis- 
sent régulièrent  à  :  -û,  -Uz,  -û,  -ûr,  -û,  -û.  dzâzu,  dzazuz  (jaseuse). 
*miratoriu  >>  OTzWï,  caccatoria  > /^jKâr,  pavorem  >>/<2;ot7,  pis- 
catorem  > /"â/iw. 

g  libre  suivi  d'une  palatale  aboutit  à  û^.  La  palatale  inter- 
vocalique  a  dû  tomber  sans  laisser  de  trace  dans  des  mots  tels 
que:  focum,  jocum,  locum,  d'oii  l'on  peut  postuler  une  série 
parallèle  à  celle  que  présente  p.  ex.  le  développement  de  soccum: 
soccum  >  soy  >>  soy  >  so,     locum  >  loy  ^ y'oy  ^ yo  puis  yû^. 

Devant  nasales  p  et  f>  se  confondent  et  aboutissent  à  3;  lors- 
que par  suite  d'un  a  latin  la  nasale  est  prononcée,  il  se  produit 
une  dénasalisation  incomplète  en  5.  p:  bonu  >>  ^?,  bona  >•  bàn. 
o:  nomen  >  nd,     coron  a  >  cor  an. 

Ce  phénomène  s'étend  aux  syllabes  atones,  c.-à-d.  que  nous 
avons  0  en  syllabe  fermée,  à  en  syllabe  ouverte:  f.ontana  '^  folàn, 
tonitru  >  tânàr,     computare  ]>  cdià,     honestu  >  ânçt. 

Rem.  La  qualité  vocalique  de  d  n'est  pas  constante,  elle 
varie  de  ô  à  m.  Cet  û  est  particulier  aux  parlers  des  Franches- 
Montagnes  dont  les  habitants  portent  le  nom  de  „mùtànil". 


^  calculu  ^  *caglagu  >• //ayp  (caillou). 


lO 

p  et  n  entravés. 
Sauf  condition   spéciale   p   et   o   ont   abonti  à  o  (qui  sonne  p 
suivi  de  consonne,  p  comme  finale)   colpum  >  cp,    follem  >/(?, 
mottum  >  MO,     grossa  >  grps,     *rossa  >  rps,     gutta  >  gpL 

^^^^\  >  p''   porcum>/>tf*,    hordea  >  <?*'V/5,    raortem  >  wp", 

furca  >/p^''//,  curtem  >  co". 

P  et  p  devant  nasales  entravées  deviennent  g:  montera  >wô, 
pontem>/>ô,  p]umbu>/vô,  rumpere  >  rç^/r.^ 

p  -\-  y  et  P  -\-  y  ont  abouti  respectivement  à  p  et  û  (voyez  p 
et  n  libres).  volio>7v>',  doliu  >  û^o,  octo  >  y/,  noctem  >  ««, 
puteu>-/77/,  *rubiu  >■  r77</f,  nucem>-«?7/,  crucem  >  frw,  même 
résultat  après  palatales  coxa  > /;fw,  co ct^.  >  iyot,  jugu>(/i//. 

Rem.  Devant  s  les  deux  o  s'allongent:  monisterium  >  wô//^ 
hospitalem>  ô/<ï,  postellum  >/iô/^,  nos>«ô,  vos>!yô,  costa 
">  cUt,  grossu>^rô.     Devant /,  p  devient  k:  pullu>/>tt,  betulla 

>  byûl,  culcitra  >  adr,  cultellu  >  aile. 

Atones. 

La  même  règle  que  nous  avons  vue  plus  haut  pr.  1  et  û 
atones,  exige  qu'en  dehors  de  toute  condition  spéciale  p  et  p 
atones  s'amuissent  en  b  caduc,  formicum  >  fromicum  "^/rmi, 
mulinum  >  w.^/Y,  dormi re  >  r/;v;«/,   coprire  >  fr^rv,  fromaticu 

>  frmàdz. 

Une  forte  proportion  échappe  à  cette  loi  grâce  à  l'influence 
analogique,  covà  retenu  par  rôv,  fôrtsat  retenu  par  fo'^^ts,  corbà 
(serpe)  retenu  par  co°''b  mais  crlsâ  (crochet)  malgré  crp. 

Traitement  de  ç  et  e. 

Toniques   libres. 

Sans  condition  spéciale  nous  voyons  aboutir  /  à  i^  (=  ï"  de- 
vant r).  febrera  >y;'7'r,  fera  >/zV,  deretro  >  rt'^rï",  leporera 
> yi'vr,  mêle  >  OTî',  petra>/>îV,  morne  résultat  après  palatale: 
caelum>'jî'.  Devant  n,  ç  devient  f:  tenet>/r,  ben e  >  Z-r, 
*renu  >  rf,  venit  >■  rf,  tandis  que  ç  aboutit  normalement  à  wà. 
Je  considère  les  mots  qui  ont  à  surtout  après  r  comme  des  ré- 
ductions  postérieures,    bibit  >■  ^zt'«,    te  > /z^a,    mensem  >■  wzt'a, 

(pilu 
nivem  >•  «zi'fl,  Ipicem        '^pwâ,   mais  crédit  >  r/a,   parete  >■ 

I  p  e  (n)  s  u  m 
pàwà;  dans  X'*/ <  flebilem  l'on  a  assimilation  de  w  à  la  spirante. 
Devant  nasale  ç  donne  wç. 

'  ..    •iilinitil    iiré(;ulier    en    tr    se    rattache   sans    doute    à  une  ancienne 
foiiuc  rSI  3«  pcrs.  du  sing.  du  présent. 


II 

Le  ç  me  paraît  être  ici  encore  une  réduction  postérieure  re- 
lativement récente:  '\\i'&\vû.\x\'^  àswçby,  pena  >>/izo/>i,  vena>>w/«, 
(tenere  > /zf;/?/r),  fenu  >>_/«/,  plenu^/iyÀ  simulât  ^j/^j/,  après 
palatale  e  aboutit  par  triphtongaison  à  /:  pagensem  >/a)//,  re- 
cepit  >  i-rj/,  cera  >  jJr  {z  sous  l'influence  de  a).  Le  résultat  de 
e  -\-  3  sorti  de  l'a  final  latin  est  à  dans  les  mots  seta  >  sa,  me- 
né ta  >  monâ  (cf.  -a ta  qui  donne  le  même  résultat). 

Atones. 

S'il  est  difficile  d'établir  une  loi  pour  les  atones,  l'on  constante 
cependant  que: 

1*^.  devant  y  provenant  de  c  intervocalique  les  deux  ne  se 
distinguent  plus  et  aboutissent  à  wd\  secatorem  >  swàyti,  *sicu- 
littu  >  swàya,  renecare  >  ?-nwày'i,  *campicare  >>  tsfpwàyi,  pre- 
care  'p-  prwàyî,  *digitellu  >>  dwàye. 

Remarque.  Devant  /,  Y§  est  devenu  a  le  caractère  labial  de  / 
entraîne  la  voyelle  palatale  dans  sa  voie,  comme  il  empêche  \a  de 
se  changer  en  à:  c/ia/a  <  gelare,  gr/iaA/>  <C  *ingelatura. 

ç  et  e  entravés. 

En  position  normale  /  et  e  aboutissent  respectivement  à  à  et 
â:  tepidu  > /àz',  septem  >»  jà'/;  débita  >  «'a/,  vidua  >  7;a5y,  lit- 
tera  >  latr.  11  faut  mentionner  ici  le  suffixe  diminutif  -ittu, 
-itta  devenu  -a,  -St.  cupittum  >  copâ  (mesure  de  graine),  tsànatte 
germ.  Kanne  -f-  itta. 

Ce  suffixe  semble  de  bonne  heure  avoir  perdu  sa  fonction 
diminutive  au  masculin.  Entrant  dans  la  formation  de  nombreux 
appellatifs,  noms  d'homme,  prénoms  surtout  („Kosenamen"),  noms 
de  lieu,  et  substantifs  verbaux,  sa  fréquence  extraordinaire  a  amené 
un  certain  nivellement  du  lexique;  p.  ex.  noms  de  famille:  Mairat: 
Mérillat,  Jabat,  Gobât  etc.,  prénoms:  Oriat  (ail.  Ulrich,  Huld- 
rich),  Jehannat,  Odenat,  Pi^rat,  Vuillenat,  Gorionat,  Val- 
ternat  etc.,  Ânnatte,  Mâriatte,  Simonatte,  Paratte,  Aliatte, 
Sebillatte,  Viatte  etc.,  substantifs  déverbaux:  rigà  (maltraiteur), 
molà  (mouillât),  môzya  (le  moisi),  tornà  (tourniquet)  etc. 

Dans  quelques  conditions  spéciales  §  et  e  aboutissent  respec- 
tivement aux  résultats  suivants: 

i^'.  Devant  j,  /  >  ë,  ..?  >»  a',  bestia  >>  bêt,  estis  >  et,  essere 
>  êtr,  wespa  ^  ivëpr;  misculare  >  »2a;(à',  *piscat  >/>â//,  *crista 
>•  crâi,    *  f  r  i  s  c  u  '^fra. 

20.  Le  suffixe  -ellu,  -ella  donne  -e ,  -dl^:  pellum  >>/>^, 
capellu  >•  /«7)>ê,  flagellum  >  ;fà}'ë,  vitellum  >- t;^,  prunella 
'^prnàl,    bella  >>  M/,    *feminella  >>/>«à/,  *dominicella>  a'(?2a/. 

3".  Devant  n  les  deux  e  se  confondent  et  donnent  â:  rem> 
rà,  \eviàe.xe';>  vàdr,  centum  >>  jà,  femina  >ya«,  subinde  > 
S7!â,  intra  >>  âtr,  et  a,  lorsque  n  est  finale.     Appartiennent  à  cette 

*  Degen  et  Zimmerli  notent  -ellu^f.  C'est  une  erreur,  ou  mon 
oreille  est  malfaite. 


12 

classe  les  mots  en  e  +  cl  (devenu  gJ,  ly,  i,  )')'•  *i  nso  lieu  lare  > 
âsoreyl»  (de  sorçy),  *butticula  >  bolëy,  articulum  >  àrlçy,  (*nu- 
cicula)  >  tiozëy  (noisette). 

40.  f  et  f  devant  r  donne  e^  et  à  {rvd  après  v):  nervum  > 
ne',  pertica  > /'^"'■//,  hibernum  >  yz'g'',  viridem  y-  vwàr,  virga 
>•  vwà'n/z,  firmum  '^  fàrm. 

Rem.  En  face  de  circulum>  stari,  à  coté  de  a  <  /?  +  r 
ii  est  difficile  de  se  prononcer  sur  l'évolution  du  son. 

5".  Devant  y  nous  avons  de  part  et  d'autre  deux  résultats 
différents,  a)  §  s'est  fermé  en  se  combinant  à  lui  b)  ^ +jj/ >  î' 
puis  IV  a  donné  a)  la  diphtongue  wa ,  puis  /9)  V,  Vr  dans  le 
suffixe  -eriu  -eria.  a)  lectum>^^,  veclum  >  z^ë;^,  médium 
>•  me  y  peius  ^  pê-  et)  tëctum  >  iwa,  rigida  >  rivdd,  *quietia 
te  >  cwàS-t»,  pïcem  >  pwd.  b)  ceresia  >  slVz,  *pettia  "^ pVs. 
(i)  rainisteriu  >  mê//^,  (maneria  >  manier). 


Consonnantisme. 
Consonnes  simples. 

I.    Initiales  ou  appuyées. 
Elles  restent  généralement  intactes. 
a)  Explosives  (/>,  b):  pinum  > /r,  bassum  >>  hà,  carbonem 

>  tSàrbd,  campicare  >  tsâpwàyi. 

(9)  Labio-dentales  (?>  ety)  {tju  germanique):  vinum  >  77,  faba 

>  y(7>',  ad  va  II  em  >  àvâ,  infernum  >  fifë".  w  germanique  per- 
siste comme  w,  weidimen  >  wàyi,  wacht-are  >  wâ/ï';  les  mots 
qui  présentent  _i^  sont  d'un  indigénat  douteux. 

Rem.  Changement  de  z;  en  3  dans  curvum  et  ses  dérivés: 
cô'^rb,  rurbà  et  corbd  s.  m.  -<  *curvittu  (fr.  serpette). 

y)  Dentales  (/,  1/):  tela  >  /m.w/,  deum  >  (lu",  testa  >  /f/, 
calda  >  /iôr/. 

d)  Spirante  .t.  Elle  présente  un  double  traitement  a)  elle 
persiste,  b)  devient  ;(. 

a)  salem  >  sa,  siccatu  >  sairi",  *sapo  >  sa,  septem  >> 
sàl,  saccu  >■  sa,  soccum  >  sp,  sine  >  .v/.  b)  sex  >■  )(ë,  se- 
quere  >  •/0(/r,  *sabuIone  >  yàhyd,  (chotte)  =  X^^  ^-  ^-  *^^''-  ^^ 
jptà  <  substare,  securum  >  yûr,  surda  >  ford. 

Cette  infection  palatale  a  dû  atteindre  d'abord  les  mots  on  s 
était  suivi  de  ^,  p.  ex.  sex  >  siei  >  .fX^jj'  >  yë ,  puis  se  propager 
par  analogie  à  d'autres  sans  y.  Le  même  phénomène  se  produit 
pour  la  liquide  /. 

t)  Liquides  (/,  r).  Tandisque  r  persiste  toujours  rem  >  râ, 
turrera  > /(Jr,  /  devient  j/  sauf  devant  a:  lectum>>'f,  leporera 


13 

'P' yi^vr,  \iTa2t.p  yim,  luna  ~p  yiin,  locu  >>;k«',  *luta  ^ yii^  (purin); 
lacticellu  >  làsé,  lacrima  >■  Idrm. 

Remarque.  C'est  du  reste  un  phénomène  analogue  à  la  ré- 
duction bien  connue  de  /  mouillé,  entre  voyelles  ou  final,  pour  le 
français,  meilleur,  vieille  [mêyetir,  vëy).  L'on  dit  couramment: 
vioiiyer,  acyère,  solder,  miyeu  etc.  non  seulement  en  Suisse  romande, 
mais  au  sud  et  au  nord  de  la  France.  Qu'on  considère  main- 
tenant les  cas  cités  sous  f)  plus  haut,  au  point  de  vue  de  la 
phonétique  syntaxique,  où  il  n'y  a  à  proprement  parler  plus  de 
syllabe  initiale  et  l'on  verra  que  la  jotisation  de  /  devait  se  produire 
d'abord  et  toujours  après  voyelles    {a  va  à  yç,  il  va  au  lit  p.  ex.).i 

Ç)  Nasales  {m,  «).     Elles  persistent:  malum  >  ma,   natalem 

>  nâ,  *furmicu  ^  frmi,  fraxinu  '^  fràn. 

Tj)  Palatales  a.  vélaires  {c,  q,  g),  {qii);  c  et  g. 
lO.   Devant  o  et  u  ces  consonnes  ont  donné  a)  c,    b)  ij^,  c)  g 
persiste,     a)  *coda  >  cU^,  cubitu  >>  cfdr,  corpu  >>  cq"-,   corona 

>  corân,  cosere  >  cûdr,  cubare  >•  covd,  coltellu  >>  cuiê,  *cola- 
toriu  >  ciilii,  collocare  >  cutzl^.      b)  *cordem  >  tjp^^  corium 

>  lyii^,    culu  >  tyil,    coctu  >  ijo,    cogitare  >>  tyjidl^,  cocleariu 

>  tyJJyï,  consobrinu  >  iyji-^-,  cortilem  >>  tyorti.  c)  gurga  >• 
go"->-dz  et  rego?-(lzï^  (verbe),  gxxita.  ~p-  got ,   gulata>>  golâ. 

Rem.  L'infection  de  c  devenu  !y  est  parallèle  et  analogue  à 
celle  de  s  ^  y,  dont  nous  avons  parlé  plus  haut  (cf.  s  initial). 

2^.  Devant  e  et  /,  c  devient  s:  cinerem  >>  sçdr,  pull(i)cinu 
'P'  pusi\  devant  a,  c  >  ts  comme  en  v.  français:  campum  >■  tsç, 
casis  >  isV,  piscare  '^  patsl^,  *minus-cadens  >>  metsç.  Devant 
<?,  (/)  et  a,  g  devient  dz  comme  en  v.  français:  gallina  >■  dz^rm, 
gelare  >  dzalà,  larga  >  làrdz. 

-qu  latin  devient  c,  devant  toute  voyelle  orale,  mais  ty  devant 
voyelle  nasale:  quartum  >  car,  qualis  >  (le)  ca,  *quadronem 
>-  càro,  *exquadrare  >■  ecdrà,  *cinquante  >  sttyât,  quando  >■ 
tyç,  *quatt(u)or  >  iyatr.  j  latin  devient  dz  comme  en  v.  franc, 
jugu  >>  dzu,  jocum  >>  dzii^.  k  germanique  est  devenu  fy^  dans 
canna  >  tyà?i,  skina  >>  çiy^^'^- 

Remarque.  Comme  pour  toutes  les  langues  romanes  nous 
pouvons  signaler  aussi  pour  notre  patois  quelques  cas  isolés  de 
changement  d'initiale  sourde  en  initiale  sonore,  conflare  >  gô^'^i 
crassu  >>  grd. 


2.   Intervocaliques. 

a)  Labiales,  p  et  b  intervocaliques  deviennent  v,  v  persiste: 
sapere  >>  sàvwà,  habere  >»  àvwà,  lavare  >>  lava,  pipere  y> pwàvr, 
caballu  >>  tsvâ,  avena  >  àvwpt. 


*  Des  exemples  de  l  initial  >jv  ont  été  signalés  par  Mistral,  Chaban- 
neau,  Puitspelu,  Guerlin  de  Guer  (Normandie). 


«4 

^  Dentales.  /  et  ^' disparaissent  :  rota  >  r«',  nidata  >  jiyâ, 
*luta  >^'«'  (purin),  *tutare  >  /M,  lutare  >  ^ttà',  maturu  > 
màyû.  1 

y)  Spirante  .<•  devient  z:  rosata  >  rozS,  causa  >  tsçz. 

6)  Liquides  r  et  /  persistent:  plorare  >  purà,  hora  >  ûr, 
fi  lare  >•  /f«,  raola  >  ml!/. 

e)  Nasales  m  et  «  persistent:  lana  >  ////,  amatu  >  àmà. 

Ç)  Palatales  et  vélaires. 

i".  Médiopalatales.  Devant  e  et  /  le  c  intervocalique  devient 
ou  z  ou  ::  vicina  >  Tëz^n,  *racemum  >  ràzm,  *cucina  >• 
ifôzin,  avicellu  >  ôzë,  placere  >  ;>>'fff/,  *nucicula  >  n'ôzëy.  g 
devient  v:  pagensem  >  A^''»  flagellum  >  X'Ï^T- 

Rein.  La  finale  z  sorti<*  de  c  dans  des  mots  comme:  crucem 
>  fr/7,  picem  > />zt'fl,  vicem  >> /îta  s'est  effacée,  sa  conservation 
dans  decem  >■  (/î's  s'explique  par  les  combinaisons  fréquentes  du 
mot  avec  d'autres  commençant  par  une  voyelle.  La  finale  s  pour 
:  n'existe  que  in  pausa,  l'on  dit  r/î'i  o/  <<  decem  octo. 

2^.  C  ci  ç  postpalatales.  Devant  a,  c  intervocalique  devient  y 
en  passant  par  g.  Dans  cacat  >  ist',  urtica  >  ortV,  spica  > 
ëpj  etc.  y  s'est  effacé  ou  assimilé;  mais  il  paraît  à  l'intérieur  du 
mot:  plicare  >  pyiiyV,  *campicare  >  Isçpwâyi',  precare  ]> 
pràyi',  secare  >  swdyi^.  g  ne  diffère  pas,  c.-à-d.  devient  y  qui 
s'assimile,  s'il  y  a  lieu,  mais  persiste  à  l'intérieur:  *exmagare  >> 
emayi',  rigare  >  reyd,  pagare  "^  paya,  ligamen  '^ yî. 

3°.  c  ei  g  vélaires.  Devant  u  ei  o,  c  on  g  intervocaliques 
tombent:  securu  >  ;f«/-,    agustu  >  p ,  necunu  >  nyii. 

Rem.  c  s'est  maintenu  (comme  en  français)  à  l'état  de  (J-/_ 
entre  à  et  u:  acucula  >  àd-j^oy,  acutu  >  àdyù.  qu  est  devenu  v 
dans  aqua  >  âv. 

3.   Finales. 
Toute  consonne  primitivement  finale  ou  devenue  finale  a  dis- 
paru: soccum  >  so,  amicu  >  di/ii,    sitem  >  swà,    lupum  >  lu, 
noctem  >  tio,  canem  >  ls7,  magis  >  nid,  salem  >  sa,  rem  ;> 
rd,  coriu  >  /;<?ï'  etc. 

Groupes  de  consonnes. 

I.  Consonnes  géminées. 
Elles  subissent  le  nu'ine  irailement  que  les  consonnes  appuyées: 
gutta  >  ^p/,   vacca  >  z'a/f,    collocare  >  f«//î',    flamma  >  ;fà»2, 

'  N'ayant  pas  trouvé  d'autres  ex.  à  l'appui  de  l'idée  émise  parM.  Hor- 
ning  Zschr.  XIV,  p.  385  que  y  est  la  trace  d'un  t  ou  d  disparu  dans /p 
jûyâ  (porcu  selatum)  twoye  (taeda-ellu m)  j'hésite  à  me  prononcer.  Pour 
éviter  l'hiatus  ou  s'attend  à  v  comme  dans  là  vu  (là  où);  cathedra  > 
tidy'i'r  rapprochée  des  exemples  cilds  me  fait  croire  qu'il  y  a  production  de^y, 
lortquc  par  chute  de  la  dentale,  a  en  syllabe  initiale  se  rencontre  avec  une 
voyelle  autre  que  a. 


15 

*sappinu  >  sàpî,  passer  '^ pàsà,  terra  >  /é'*,  bella  >  bal,  moc- 
catoriu  >  motsur  germ.  kanna  >■  tycin.  Devenues  finales  par  la 
chute  d'une  voyelle  autre  que  a  elles  tombent  comme  les  consonnes 
simples  sans  laisser  de  traces:  bellum  >  hê,  siccu  >•  sa,  caballum 

>  isvU,  ferru  >_/ë",  grossu  >  grô,  cattu  >  tsà. 

2.   Groupes  de  consonnes  différentes. 

a)  Palatales  ou  labiales  -|-  /,  soit:  cl,  gl\  jl,  pi,  hl. 

lO.  cl  initial  devient  y',  clara  >  yar,  clavem  >  ya,  clavu  > 
yjj,  clausum  >  jfp,  *clocca  >  ^^ë//.  f/ à  l'intérieur  appuyé  devient 
également  y^  en  passant  par  gl'.  inclumine  >>  àyj>n,  circulu  > 
s'/.ary,  rasculare  >•  ràyV  {raya  ail.  rechen).  cl  intervocalique  de- 
vient y:  *vecla  >  vêy,  *boticula  >>  botêy,  cunucula  >>  tysnçy, 
soliculu  >>  jorêy,  ranuncula  >»  *;'«^;(/,  de  même  {qu -\- 1).  qu -\- 1 
intervocalique  devient  y,  a  qui  la  >>  ày. 

2^.  gl  initial,  appuyé  ou  intervocalique  devient  y:  glacea  > 
vas,  glandem  ~^ yà,  angulum  >  çy,  ungula  >•  dy,  *strigula  > 
ëtrêy,  cingula  >  sçy. 

30.  ;?  initial,  appuyé  ou  intervocalique  devient  ;^:  flagellum  >> 
yàyç,  florem  >  yur,  flebilem  >  yàl,  inflatu  >>  àyâ,  subflare  >> 

40.  pi  et  bl  initiales  ou  intervocaliques  deviennent  respective- 
ment//  et  by.  plan um  >'/;)'/',  pluvia  ^  py'ôdz,  platea  ^  pyàs, 
plumbu  >  pyô,  plicare  >  pyàyV,  (duplu  >>  doby). 

Rem.     Cet  jj'  disparaît  devant  i  et  û\   plus  >■/>«,    reimplere 

>  rçpi,  plorosu  >>/M'rï?,  n.  d.  1.  rots  pû^rUz'^  (roches  pleureuses). 
bl  celt.  blâvos  >  byâv,  germ.  blank(u)  >  byç,  blesser  >  hydsV. 

^)  r  -{-  consonne. 

lO.  r  -f-  palatale,  devant  a,  r  -\-  c  '^  ris:  furca  >  forts,  r  -\-  g 
>>  rdz:  virga  >>  vwàrdz. 

2O.  r  -\-  dentale  {-ri,  -rd)  reste  intact:  articulu  >>  àrtëy, 
*martellu  >  marte,  sordellu  >>  sordç,  cordellu  >  corde. 

3*^.    ;-/  et  m  persistent:  *orulare  >>  orlà,  diurnata  >>  dzornâ. 

4**.  r  -j-  labiale  reste  intact:  formaticum  '^  frmàdz,  arma  > 
drm,  herba  >  ë"'"3,   terra  >  /ë"''. 

Rem.  Dans  ces  groupes  encore  partout  où  r  n'est  pas  pré- 
cédé de  consonnes  ou  de  à,  il  tend  à  s'amuir  en  dégageant  un  " 
qui  devient  final  dans  des  mots  comme:  mortem>wô",  horridu 

>  ô^  porcu  >/>ô",  fortem  >  /ç",  tortum  >  /y". 

/)  Consonne  +  r. 

50.  Reste  intact  à  l'initiale:  granarium  >  grnV,  pratu  ;> 
prd,  credo  >  crà,  tropat  >  Irov,  directu  >  drwà,  brachiata  >> 
brdst^;    intervocalique    le    groupe    c  +  r    maintient    son   r    intact, 


'  Nom  de  lieu  (Moutier). 


i6 

tandisque  l'explosive  est  traitée,  comme  si  elle  était  intervocalique, 
aprilein  >  dvri,  lacrima  >  Idrm,  labra  >  Idvr,  quadratu 
>•  carà,  matrem  >  màr,  sacramentu  >  sàrmà;  à  l'intérieur  les 
groupes  -mr  >  {m)br  comme  en  fr.  caméra  >  isçbr,  numeru  > 
uSbr,  -nr  >  ndr  après  l'accent  et  //-  avant  l'accent:  tenerem  > 
twfdr,  ponere  '^  pddr,  min(o)r  >  mwçdr,  *tenere-aio  >  torrà, 
venire-aio  >  verra;  la  même  assimilation  a  lieu  dans  le  groupe 
-Ir  >  rr,  voudrait  >  vorrà,  faudrait  >  farrd,  mais  avant  l'accent 
nous  avons  dr:  col(i)ru  >  tjodr,  volv(e)re  >  vôdr,  col(i)gere  > 
/;fç>(/r,  mol(e)re>  wyVr,  le  groupe  -sr  >  ir:  essere  >  ë/r,  cres- 
cere  >  crâir,  cosere  >>  cûdr,  cognoscere  >  coilatr. 

d)     Groupes  composés  de  consonnes  +  y- 

6".  Le  groupe  -iy  devient  z  lorsqu'il  est  intervocalique  et  s 
lorsqu'il  est  appuyé:  rationem  >  rdzd,  potionem  >  pôzô,  cap- 
tiatorem  >  tPsû,  platea  >  pyds ,  nuptia  >  nos,  fortiare  > 
forsV\  -dy  initial  ou  appuyé  devient  dz:  diurnum  >  dzôr,  hordea 
>•  ô^''dz\  'hy  et  -vy  deviennent  dz:  rabia  >>  rddz,  *cambiare  > 
tSfdzi*,  alveu  >  âtf'f,  pluvia  >/^ç».'/s;  -ly  {Uy)  "P-y:  taliare  > /oya, 
folia  >  fôy,  molliare  >>  moyà;  -sy  intervocalique  devient  z:  man- 
sionem  >  ma^ô,  basiare  >>  bdzi' \  -ssy  >  j:  bassiare  >  bàs'/.i^, 
missionem  >•  mwdsd;  -ry  devient  s  en  toute  position:  *aciaciu  >> 
àsl',  giacia  '^ yds,  calcea  >> //âj,  brachiata  >  (^raj/';  -py  inter- 
vocalique devient  //:  hapia  >  à//,  sapiat  >  sd/s,  adpropiare  ]> 
àpr/Si',  v.  h.  ail.  krippia  >  cra/^;  -my  devient  dz:  comeatum  > 
cZdii*\  -ny,  -nny,  -gny  intervocaliques  sont  devenus  fi:  vinea  > 
v?ii,  (aranea  +  aria  >  drfil^r),  balneare  >>  bdnï',  castanea  > 
Isdl^ù,  cognoscere  '^  conair,  pugnata  '^ poùV\  -mny  devient  dz: 
somniare  >  sddzi',  *dominiariu  >  dàdzl'. 

70.  Groupes  de  consonnes  dont  le  dernier  élément  est  une 
explosive. 

La  divergence  dans  le  développement  de  ces  groupes  est 
analogue  à  celle  du  français,  c.-à-d.  les  traitements  diffèrent  suivant 
l'époque  à  laquelle  s'est  produit  la  syncope  des  voyelles  inter- 
médiaires dans  les  mots  du  type:  manducare  ou  cogitare  où 
la  sourde  intervocalique  a  dû  passer  à  la  sonore  pour  aboutir  à 
ntfdzi'  et  lyJidV,  vindicare  >  v'fdzV,  ad iu tare  >  ddi^. 

Mais  dans  les  proparoxytons  d'une  part:  -aticu  >  adigu  > 
àdi,  coraticu  >  coràdè,  villaticu  >  vlddz  de  l'autre:  Cons.  -\- 
{i)cu  >  //,  manicu  >  mçl^,  manica  >  mçlS,  pertica  '^  pçrls.  Dans 
ces  derniers  exemples  la  posttonique  devait  tomber  antérieurement 
au  passage  de  la  palatale  sourde  à  la  sonore,  qui  était  inter- 
vocalique, lorsque  la  finale  est  a. 

3.    Groupes  finals. 

Tous  les  groupes  de  consonnes  finals  du  latin  vulgaire  ne  se 
terminant  pas  par  une  liquide,    c  on  m  s&  sont  effacés  dans  notre 


17 

patois,  diurnu  >■  dzô"-,  tempu  >  ta,  altu  >  ha,  crédit  >  cra, 
tectu  >  twà,  caidu  >  tsa,  factu  ~^  fà,  nervu  >  «ë^,  tra(n)s- 
versu  >  iràvë'^,  cervum  >  Jë",  brachiu  >  ^ra,  frigidu  ^  frd, 
boscu  >■  bç,    colpu  >>  cç,  augustu  >  o,  noctem  >  no. 

Ceux  qui  persistent  sont  les  groupes  latins  se  terminant  par  r 
ou  /  (palatale  ou  labiale -j- 0  ^^  ^>  "  o"  '^-  fratrem  > /ràr, 
*criblum  >>  criby,  circulum  >>  s^ar-^,  ungula  >  oy,  alveu  >>  âdz, 
sapiu  >■  sàdz,  rubeum  >■  rûdz,  ulmu  >-  orm,  coperculu  ^  cr^vçx, 
masculu  >  ?na/,  soliculu  >  sorçy,  veclu  >  vêy. 

La  même  règle  s'applique  aux  groupes  de  formation  romane: 
facere  '^  far,  credere  >>  cràr,  coquere  >■  tjor,  fugere  '^  fur, 
arbore  >■  àbr,  consuere  >>  cudr,  asinu  >>  an,  salicem  >  jaj, 
alterem  >•  âtr,  galbinu  >  dzan,  sedecim  >-  saz,  pulice  '^  pus. 

Remarque.  Il  existe  quelques  mots  dont  IV  final  est  inorga- 
nique et  dû  probablement  à  l'analogie:  wespa  >  vwëpr,  *aresta 
>  alêtr,  cubitu  >■  cûtr. 


B, 
Toponoinastiqne. 

a) 

Noms  de  lieu  dérivés  de  noms  d'homme.^ 

(1.  Noms  de  familles  et  sobriquets.    2.  Prénoms.    3.  Noms  de  saints.) 

I.    Noms  de  familles  et  sobriquets. 

Allemand,  Valviç,  P.  G.  (n.  n.  1683  essert  l'Allemand,  a.  c. 
1548  German  l'A.). 

Bidal,  clos,  nom  d'un  Abbé  de  l'ancien  chapitre  Moutier- 
Grandval  (1683  Bidat).     M.  G. 

Bôglin,  pré.  Nom  aujourd'hui  éteint  dans  la  localité  (a.  c. 
1500  environ  b'ùgly)    M. 

Boillat,  bwàyà,  champ.  Nom  très  répandu  au  Jura  bernois; 
formation  déverbale  à  l'aide  du  suffixe  -ittu  (cf.  bibitore  > 
iwàyu).     G. 

Boivin,  Iwàvi,  pré.  Non  éteint,  primitivement  sans  doute 
sobriquet.     M.  Cr. 

Bolx,  bolxy  crêt.    Nom  éteint.    Se  retrouve  dans  les  a.  c.  M.2 

Boucher,  crêt.     (a.  c.  vers  1480.    Garnier  Buchey.)     C. 

Brennet,  clos.     M.  éteint. 

Bron,  crût.    (a.  c.  Gossin  le  Bron).     Cr. 

Bronchât,  champ,     (r.  r.   1683)  aujourd'hui  Bronchet.     Cr. 

Cadet,  clos,  éteint.     C. 

Chapuis,  pré.  Non  éteint  dans  la  contrée;  tsàpû  =■  char- 
pentier.    P. 

Chiroz,  clos.  Fausse  graphie  pour  le  nom  encore  vivant 
„Giroz"  de  l'ail.  „geriwald".     P. 

Chopin,  Sopï,  combe.  Eteint  dans  la  contrée  (cf.  Chopard 
encore  vivant). 

Choudaie,  yudà,  pré.     Eteint  peut-être  '•'solidatum?     M. 

'  Nous  avons  écarté  de  noire  étude  toponomastique  la  recherche  de 
l'oritjine  des  noms  de  famille,  ce  genre  d'investigations  réclamant  une 
orientation  d'étude  que  nous  ne  pouvions  nous  proposer.  Quelques  remarques 
toutefois  que  nous  avons  cru  bon  et  utile  de  produire  se  sont  imposées  à 
nous  chemin  faisant. 

*  bolx  signifie  aussi  dans  noire  patois  un  trait  d'arbalète,  de  l'ail,  bolzen. 


19 

Choulet,  sUlà,  pré.     (a.  gr.  Schoulay,  Chouellait.)     M. 

Chouppin,  champ.     G.  (cf.  chopin). 

Coquin,  champ.     M. 

Cornel  Hin,  chésal.     M.  (r.  r.   1683). 

Coulon,  marais  (de  Nicolas  par  aphérèse  -\-  ônem).  N'est 
plus  usité  ni  senti  comrne  prénom.     M. 

Cyerle,  champ.     Eteint.     M. 

Dupont,  doz  chez.     G. 

Eptinger,  pré.     M. 

Fliugsuif,  cerneux,  (graphie  erronée  pour  „Flûgauf"  nom 
de  fam.  ail.  (r.  r.   1683).     G. 

Gaillardes,  clos  G.  éteint,  sans  doute  sobriquet. 

Gallet,  forêt,  éteint  dans  la  localité,  mais  encore  vivant  au 
Jura.     M. 

Garod,  champ.  (Garant,  Garaud  dans  quelques  documents), 
ail.  gar-wald.     M. 

Gobât,  champ,  M.     Pré  es  Cr. 

Gossins,  es.     Non  éteint.     Cr. 

Hèche,  pré.     Non  éteint.     M. 

H  eh  me,  cerneux  (r.  r.   1683).     Cr. 

Jeuliard,  champ  au  (r.  r.  1683),  aujourd'hui  Juliard,  G. 

Jojo,  sous  chez,  yôyô,  dô  isV,  sobriquet,  que  l'étymologie  po- 
pulaire fait  remonter  à  de  vieilles  gens,  habitants  de  la  maison 
dite  aujourd'hui  „chez  Jojo",  et  qui  étant  allemands  n'auraient 
répondu  à  leurs  combourgeois  que  par  des  „jo,  jo".  Après  tout 
cette  origine  est  possible  et  n'a  rien  d'extravagant,  i  mais  il  est 
bon  de  faire  remarquer  que  la  formation  de  sobriquets  et  de  sur- 
noms par  redoublement  de  syllabe  est  fréquente.^ 

Joray,  cerneux.     Nom  très  répandu.     B. 

Iselet,  champ.     M. 

Lambert,  champ  (r.  r.   1683).     Cr. 

Lioz,  cras  du  champ.     Cr. 

Mairats,  m§ra,  (r.  r.  1683).     C. 

Marchand,  champ.     Cr. 

Menier,  pré  Jean.     M. 

Mercier,  champ.     M. 

Monbertin,  P. 

Mornach,  terre  de  (r.  r.  1Ô83),  appartenant  anciennement  aux 
seigneurs  de  Mornach,     M. 

More,  clos  (a.  c.  cerneux  Jean  More).     G.  E. 

Morels  (r.  r.  1683)  champ.     Non  éteint  au  Jura.     M. 

Mùtle,  fief  (r.  r.  1683),  non  éteint.     P. 


^  Je  retrouve  le  même  sobriquet  ,,jâ,  jâ"  à  Porrentruy. 

*  Pour  ne  citer  qu'un  souvenir  de  collège  je  me  permettrai  de  produire 
ici  les  noms  de  mes  honorables  professeurs  tels  qu'ils  figurent  encore  dans  le 
lexique  du  gymnasien  neuchâtelois.  Ce  ne  sont  pour  la  plupart  que  des  re- 
doublements de  syllabe  de  leur  vrai  nom  de  famille  ou  de  leur  prénom:  mûmii, 
susû,  kiki,  tûlû,  tête,  tôtd . 

2* 


20 

Nez,  champ  Jean  le.     M. 

Nowelli,  champ  (r.  r.  1683  Abraham  Nouvelli,  vers  1500 
Novell)-),  éteint.  _  M. 

Péteut,  pçtô,  cras  d'chez  1'.     Non  éteint.     R. 

Picard,  pilyjï,  côte.     Eteint.     M.  R. 

Pin,  marais  Jean  du.     M. 

Pochet,  derrière  chez  (r.  r.  1683).     P. 

Rabin,  verger  (r.  r.  1683   Roubbin). 

Rambert,  dans  Montrembert.     G. 

Renie,  rëiiî',  en,  (1683  Rehnie,  Renier,  déjà  en  1306  „de 
prato  Reinier").     M.' 

Riard,  pré  (déjà  en    1683   r.  r.).     Non  éteint. 

Romi,  cerneux,  petit  bois  es,  non  éteint.     M. 

Rossât,  champ  di,  G.  M. 

Rossez,  champ  (r.  r.   1683).     G. 

Roubbin,  cf.  rabin. 

Saulcy,  sâsi,  pré  de,  non  éteint.  Famille  provenant  de  Saucy, 
village  en  Ajoie,  lat.  sali  ce  tu  m. 

Tièche,  pré  Jean,  non  éteint.     M. 

Vendelo,  vç'llô,  oeuches,  sobriquet,  rôdeur,  vagabond. 

Witzig,  clos  (r.  r.   1683). 

2.   Prénoms. 

Ammelon,  û>w/5,  fief  (r.  r.  1683),  Amalia  +  onem.  Cf.  suisse 
ail.  limitrophe  „Ammeli",  „Emmeli"  (Bâle). 

Antoine,  clos  chez,  vers  chez.    P. 

Boirte,  pré,  fr.  Berte  ail,  Bertha.     P. 

Bendi,  ///<//,  ordon.  de  „benedictus"  suisse  ail.  Bànedicht, 
Banedik  et  Bendix.     R. 

Caroline,  la,  cdrhn,  la.     Nom  de  pré.     R. 

Genori,  pré;  ce  nom  d'allure  italienne  n'est  autre  que  la 
contamination  des  deux  prénoms  Jean-Henri  (a.  c.  1580  Je- 
hannery);  aujourd'hui  dzçri.     G. 

Germain,  cernent.  La  fréquence  de  ce  prénom  dans  le 
passé  s'explique  pour  notre  vallée  par  le  prestige  de  St- Germain, 
premier  abbé  de  Moutier-Grandval,  fondateur  du  couvent  et  martyr 
(cf.  iMoutier).     Cr. 

Germonet,  champ.  Cr.  Forme  française  pour  germonat  di- 
minutif de  Germain. 

(iorgé,  cerneux.  M.     Non  éteint,  champ,  Cr. 

Gorionat,  clos  (a.  c.  1683  Gobbat  Gorionat);  diminutif  de 
Gorion,  de  germ.  gaud-ric,   fr.  gauri. 

Grégoire,  clos.     Cr. 

*  Tr.  m,  No.  50,  1306.  ,,Annuatim  decem  solides  denaricrum,  de  pratis 
dîctia  ,dan  Reinier'  sitis  in  maiori  monte  de  Arsa"  .  .  .  id.  dans  le  liber 
viteu  de  M. -fi.  à  la  même  époque.  Ces  textes  prouvent  que  nos  montagnes 
étaient   habitées   et   cultivées   bien    avant  l'arrivée  des  Anabaptistes  allemands. 


21 

Humbert,  pré,     M. 

Jean,  cerneux,     E. 

Jeannat,  chez,  E.     Suff.  -ittu. 

Isaac,  clos,  E.     chez  gros,  M. 

Ladans,  pré  (graphie  erronée  déjà  1683:  „Prailaden")  lisez: 
pré  l'Adam. 

Lodets,  lodà,  clos  es,  le  français  connaît  comme  doublet 
de  Claude,  laude,  laudet,  mais  la  finale  d  et  la  graphie  0  pour 
au  semble  renvoyer  plutôt  à^la  forme  suisse  ail.  lûdi  pour  Ludvvig 
comme  Walti  a  donné  Valtà.     M. 

Lodeta,  es  clos.    Diminutif  de  lodà  (cf.  lodet).     M. 

Ludwig,  loy%  clos,  de  „ludovicum"  > /oo/ > /o.?/ > /<?//.  M. 

Margueron,  clos,  variante  pr.  Marguerite.    P.  M. 

Matté,  sous  la  Jean,  M. 

Martenat,  cerneux  es  (r.  r.  1683  Mertenat),  diminutif  de 
Martin.     Cr. 

Odenat,  derrière  combe;  Dimin.  de  Odon.     B. 

Oriat,  champ  (r.  r.  1683  Horriat).  Diminutif  de  Ori  (sorti 
de  Ulricus  de  l'ail.  Huldrîch)  +  ittu.^  \Jh  étymologique  s'est 
conservé  dans  le  nom  de  famille  de  la  Suisse  française  Hou  ri  et 
(Neuchâtel).     P.,  suisse  ail.  Oei-i,  Hauri? 

Permont,  pi^rmô,  pré,  pour  Pierre-mont.     Cf.  Perrefitte.   R. 

Perrat, />z*ra,  courtils  (r.  r.  1683).    t'/orti  dim.  de  Pierre.    Cr. 

Perrin,  oeuche  Jean,     M. 

Peter,  clos  gros,  ail.     M. 

Peterly,  fief.     Dimin.  du  précédent.     G. 

P  h  lippe,  pré,  pour  Philippe.     P. 

Pierre,  pi^r,  la  combe,  de  „petrus".    R. 

Richard,  essert.     E. 

Sauvain,  pré,  côte.     Cr. 

Valtà,  es,  du  suiss.  ail.  Walti,  de  Walter.    R. 

Vuillematte,  la.  Le  fr.  Guillemette  (a.  c.  1683),  les  noms 
de  famille  dérivés  de  l'ail.  Wilhelm  sont  nombreux  au  Jura  bernois. 

Vuillerat,  champ.     M. 

Xdià.&, yâd,  ordon  à  gros,   R.  français  Claude.- 

*  Trouillat  III.  vol.  No.  256.  Ulrich,  bailli  de  Porrentruy  déclare 
en  1337  aux  bourgeois  de  cette  ville:  Je  Holris,  vouhez  de  Porrentruy  .  .  . 
puis"   1333  No.  266  ,,Horris". 

'  Le  mot  est  indigène,  tout  au  moins  bourguignon;  mais  quelle  évo- 
lution des  sons!  Il  y  a  de  „Claudius"  à  „Yâd'^  triple  violation  de  lois 
phonétiques:  cl  devant  aboutir  à  y,  au  à.  ô,  tt  dy  disparaître  ou  tout  au  plus 
donner  dz.  Il  faut  admettre  un  passage  de  cl  à  £'1,  puis  une  identification 
erronée  de  au  dans  Claude  francien  à  au  sorti  de  a  +  /,  toujours  a  dans 
notre  patois  (chaud ^^/â,  ca\\a~^ts'av,  sahala^^^a/ etc.),  enfin  conservation  de 
d  comme  étant  nom  de  baptême,  partant  mot  d'Eglise.  Il  faut  attribuer  sans 
doute  la  fréquence  de  ce  nom  en  Bourgogne  à  la  célébrité  de  Claude  (Saint) 
évêque  de  Besançon  au  yième  siècle,  qui  illustra  par  ses  vertus  la  partie 
orientale  de  la  Bourgogne  (Franche-Comté)  et  dont  le  monastère  (qui  porte 
encore  aujourd'hui  son  nom)  devint  après  sa  mort  vers  696  un  des  lieux  de 
pèlerinage  les  plus  recherchés. 


22 


Yadat,'  clos,  dimin.  de  Vâd  suff.  -ittu. 


3.    Noms  de  saints. 

St'-Catherine,  pré,     M. 

St-Germain,    de  St-Germanus,   fondateur  et  premier  abbé 
du  monastère  du  lieu  (cf.  Moutier). 
St-Jean,  roche,  R.2 
St-Martin,  pré,  M. 
St-Pierre,3  champ,  M.,  pré  B.,  place  G. 


b) 

Faune  et  Flore. 

(Noms  dérivés  de  noms   1.  d'animaux,    2.  de  plantes.) 

I.    Noms  d'animaux. 

Agasse,  àdyàs,  pré  1',  P.  du  v.  h.  ail.  agaza,  la  pie.* 

Boeufs,  Am',  côte  aux,  côt  â.    C.  E.  lat.  bovem. 

borbt''  â  se"  R.  fr.  bourbier  aux  cerfs. 

Bovaine,  en  la,  M.  (tiré  d'un  acte  d.  1683)  lat.  bovina. 

Bouvrie,  la,  M.   1683  r.  r.  v.  Bovries. 

Bovries,  M.  (déjà  vers  1500  bowerie)  le  suffixe  -erie  est 
fr.  le  b.  lat  *bo varia  cité  par  D.  C.  aurait  dû  aboutir  à  ho7<Jr. 
Enclos  pour  l'estivage  des  jeunes  boeufs. 

Bument  breulai,  bu' ma  brô/à,  Cr.  nom  de  champ,  bu' ma  < 
*bovimentum,  fumier.^   ^rwA/ <  *brustulatum;  fr.  brûlé. 

Buement,  hû'mà,  le,  Cr.    v.  le  nom  précédent. 

Chaible  au  Chevreux,  fSàby  â  tSàvrp,  M.  (d'un  a.  de  1683) 
nom  disparu;  du  b.  lat.  cadabula  (Scheler)  >  isàby,  couloir  qui 
sert  H  dévaler  le  bois  des  hauteurs;  capreolum  >» /iawo  fr.  chable 
au  chevreuil. 

Chaibion,  isàby~o,  M.  (182 1  a.  c.)  dér.  du  mot  préc.  avec  suflf. 
-onem  qui  ajoute  dans  ce  cas  une  idée  péjorative. 


*  De    Yâd  on  a  un  féminin  Yadine. 

*  Situé  au  bord  de  la  route;  le  creux  au  bas  du  rocher  fait  supposer 
(ju'il  devait  contenir  avant  l'établissement  de  la  réforme,  ou  une  croix  ou 
quelque  image  du  saint. 

*  11  existait  anciennement  à  Moutier  une  église  St-Pierre  à  côté  de  la 
grande  église  collégiale.  Les  dernières  traces  de  l'édifice  démoli  ont  disparu 
vers  le  milieu  du  siècle  passé. 

*  La  fréquence  de  ce  nom  de  lieu  sur  territoire  romand  et  allemand  par 
lequel  on  désignait  piimilivement  sans  doute  un  lieu  malfamé,  atteste  la  po- 
pularité et  l'aniiquiié  des  superstitions  qui  se  rattachent  à  la  pie,  qui  n'a 
cessé  d'être  chez  nos  paisans ,  comme  ailleurs  du  reste,  l'oiseau  de  mauvais 
augure  par  excellence  (cf.  Gasse,  la). 

*  Un  acte  de  1715  porte:  ,,-item  trois  trais  de  Lavons  (=  planches), 
trois  lu^fs  (=  tr.iineau  à  deux  cornes  qu'on  mène  ;i  bras)  ;i  mener  le  loin, 
et  une  à  mener  le  bOuement", 


23 

Chervé,  tsàrvê,  champ,  M.  (r.  r.  1683  Chevrèz);  cette  an- 
cienne graphie  prouve  qu'il  s'est  produit  une  métathèse  vr  >  rv, 
du  lat.  caprarium.  Sur  les  doublets  de  -ariu,  -aria  voyez  le 
vocalisme.     La  forme  actuelle  est  tsavrV. 

Chevaux,  tsvâ,  combe  aux,  R.  a.  c.  nom  disparu,  lat.  ca- 
ballum. 

Chèvre,  tsVvr,  pré  la,  R.,  la,  (montagne)  P.  lat.  capra. 

Chevreuil,  tsàvro,  combe  au,  C.  cdh  a  lat.  capreolum. 

Chien,  isT,  pré  au,  prà.     P.    lat.  canem. 

Duc,  rocher  au,  R.  le  hibou  commun. 

Espetaux,  ëp/ô  et  ëp/â,  G.  nom  de  pré  (r.  r.  1683),  du  lat. 
putidu  -}-  suflf.  germ.  wa/d,  es  ptâ  =  aux  putois.  La  forme  p/ç  est 
due  à  l'influence  française;  voyez  Gautier — Gâ/i,  Vaux  —  z^â  etc. 
et  à  un  changement  d'accent  qui  a  produit  l'effacement  complet 
de  la  protonique  initiale. 

Fourmis,  /rml,  champ  des,  tsf,  M.  lat.  formicu.  s.  m.  t  frmi 
fr.   fourmi.  1 

Gasse,  combe  la,  G.  M.,  rière  la,  pré  la.  Toutes  ces  graphies 
sont  erronées.  C'est  Vàdyàs  (cf.  Agasse)  qu'il  faut  lire.  Le  scribe 
probablement  allemand  pensait  à  Gasse,  rue. 

Lièvre,  yVvr,  champ^au,  P.,  pré  la,  B.  Cr.  lat.  leporem  est 
fémin.  dans   notre  patois  an  yVvr. 

Limaçon,  >"■?;««>,  pré,  M.     prà,  lat.  *limacea. 

Loup,  lu,  creux  au,  fontaine,  lat.  lupum. 

Lover,  lover,  la,  là,  G.  lat.  luparia  avec  conservation  de 
l'ancien  suffixe  -ër  (cf.  -arius,  -aria  au  vocalisme)  fr.  louvière. 

Mattou,  màtii,    sur   champ,  Cr.,   fr.  matou. 

môtV  â  fçx,  R.  Nom  d'un  bloc  de  rocher  isolé  dans  la  forêt. 
Fioipr.  „mouiier  au  /ox",  soit  „réglise  au  renard".  *monisterium 
et  l'ail.  Fuchs.  Cf.  le  nom  de  lieu  ail.  „Fuchsenkanzel"  (Ct. 
de  Berne). 

Muses,  ?nû^s,  bois  des,  bô  di,  M.  Nom  d'une  forêt  de  mon- 
tagne, mû^s  s.  f.  est  le  nom  d'un  oiseau  sauvage  de  la  famille 
des  gallinacés.  Le  mot  presque  éteint  n'est  plus  connu  que  des 
vieillards.  Tout  le  monde  dit  aujourd'hui  „bois  aux  miiz",  c'est 
plus  poétique. 

Oies,  çv,  pré  aux,  prà  â,  M.     lat.  auca. 

Ortie  le  boeuf,  ortt^  V  bu*,  combe,  R.  G.  lat.  urtîca  -}- 
arium  et  bovem,  lieu  oii  croissent  des  orties.  L'imagination 
populaire  toujours  en  éveil,  lorsqu'il  s'agit  d'expliquer,  voudrait  qu'on 
prononce:  ortû*  V  bu*,  pour  ainsi  dire  „ursus  *tutat  bovem";  le 
pâturage  de  ce  nom  aurait  été  jadis  un  jour  la  scène  d'un  combat 
entre  un  boeuf  et  un  ours.  Si  la  chose  en  soi  n'a  rien  d'impos- 
sible ,  la  forme  et  le  fait  que  le  même  nom  se  retrouve  dans 
d'autres  localités,  nous  font  reléguer  ortiP  l'bu"  et  son  explication 
dans  le  domaine  de  l'étymologie  populaire. 

1  L'ortographe  française  est  illogique. 


24 

Pitats  es,  plâ,  ê,     G.  voyez  Espetaux. 

Pou  la  t,  pi7/3,  droit  des  lieux,  P.  drwà  d'yu%  haut  des  lieux, 
hâ  d'yii*  (1683  r.  r.  clos  pouUat,  G.),  lat.  *pullittu  a)  petit  coq, 
b)  robinet.'  C'est  dans  la  seconde  acception  quelque  peu  élargie 
qu'il  figure  ici;  le  mot  évoque  l'idée  d'un  lieu  humide  où  l'eau 
dégoutte  et  ruisselle. 

,  .     (  pulice  -f-  itta 

prl'r  piisnm  ou   dz^rndf ,    R.    lat.  petrana  j  ^^llina  +  itta  ' 

pûsuat  ou  d~.^nmt  est  le  nom  que  nos  paysans  donnent  aux  co- 
quilles d'escargots  pétrifiées  (cf.  dans  une  dérivation  analogue 
le  suisse  ail.  pipeli,  petite  poule  „Fohrepipeli"). 

Kaitoueres,  ràtû'r,  les,  G.  (r.  r.  es  piaines  Raittourres) 
dériv.  de  rat  s.  f.  la  souris  +  oria.  a)  trappe,  souricière, 
b)  terre  ravagée  par  les  souris  et  les  rats,  puis,  par  ex- 
tension, mauvaise  terre,  impropre  à  être  ensemencée,  ràià, 
rongé  par  les  souris. 

Renard,  rwar,  cerneux,  M.,  champ  au,  P.  s.  v.  h.all.  Reginhard. 

Vacher,  vdtSç,  pré,  M.  (1683  r.  r.  vaiché)  est  français. 

Vacherie,  pré  de  la,  G.  C.  est  français. 

Vaches,  vàtS,  pâturage  aux,  tsfpwà  â,  E.,  lat.  vacca. 

Taicheniere,  tàhii^r,  la,  R.;  du  lat.  taxonem  >■  iàso  taxo- 
naria,  tanière  du  blaireau. 

Roncins,  rosî,  planches  aux,  P.  b.  lat.  runcinum,  étalon. 

Veaux,  vê,  pré  es,  prà  h  C.    lat.  vitellum. 

Vélie,  vîli",  le,  R.  B.  Cr.  E.,  le  petit.  P.,  clos  du,  C.  lat.  vi- 
tellarium,  enclos  jiour  les  veaux,  ail.  Kàlberweid. 

2.    Noms  de  plantes."^ 

Biorles,  byorl,  les,  B.,  lat.  viburna,  fr.  viornes. 

Bramattes,  bramait,  sur,  M.  (r.  r.  1683  clos  de  „Bremaittes), 
mot  complètement  éteint,  nom  d'un  pré  de  montagne.  J'estime 
que  le  mot  est  d'origine  allemande  et  dérivé  dans  sa  première 
partie  du  v.  h.  ail.  3rû77w/  venu  de  brâmô,  brama ,  aujourd'hui  ail. 
brom,  engl.  broom  l'épine  rouge,  mûrier.  Dans  le  même  sens  suisse 
ail.  brome  (Ct.  de  Zug,  Zurich,  Baie  Campagne  et  partout  ailleurs 
Brombecri)?  La  seconde  partie  -mat  est  l'ail,  matt  graphiquement 
confondu  avec  le  suffixe  -atte  <<  itta.  Il  est  bon  de  rappeler 
d'abord  la  proximité  du  territoire  de  langue  ail.  puis  la  fréquence 
de  -matt  dans  la  formation  de  noms  de  lieu  ail.  (Ct.  d.  Soleure, 
terrain  limitrophe,   d'après  l'atlas  Siegfried  p.  ex.:    Schùtzenmatt, 


>  comme  l'ail.   Hahn,  Hahnchen. 

'  Nous  plaçons  dans  ce  chapitre  quelques  appellatifs  qui  sans  être  à 
proprement  parler  des  noms  de  plantes  se  rapportent  cependant  directement 
à  la  flore. 

*  cf.  Gatschet,  O.-F.  p.  98,  et  sur  l'existence  de  dérivés  italiens  de 
brûmo,  viccnl.  l/runtbo-a,  „priino,  pruj^r,ia",  liasso-engad.  briimbla  „pruifna'^ 
voyez  Nigra  Arch.  glotl.  XV,  p.  loi   e.  s. 


25 

Herrenmatt,  Schafmatt,  Buchmatt,  Weiermatt,  Moos- 
matt  etc.). 

Brous,  bru,  es,  Cr.  mot  éteint.  Celt.  hronc,  suisse  ail.  (Ct. 
de  Berne)  Brug,  la  bruyère.  Bruggeren  d'un  lat.  brugera, 
nom  de  hameau  dans  le  district  de  Schwarzenburg  (Ct.  de  Berne). 

Bru  es,  bru*,  les,  de  dos,  champ  des,  dessus,  Cr,  (r.  r.  1683 
prairie  des  grandes  b.  G.),  barre  des,  le,  Cr.  (a.  c.  vers  1680  „hruys"). 
Noms  de  terres  marécageuses,  l'ail.  „Bruhe". 

Cagreu,  câgro,  P.  Nom  d'une  mauvaise  herbe,  plus  connu 
sous  le  nom  cû^tsà,  „queue  de  chat",  ail.  „Katzenstiel",  fr.  la 
prêle. 

Celesiers,  slidzV,  les  prés,  Cr.  lat.  ceresia  -|-  ariu,  fr. 
cerisier. 

Chardenat,  tsàrdnà,  l'oeuchatte,  M.  lat.  cardonem  +  ittu, 
fr.  chardonet.i 

Chêne,  tsân,  le,  R.,  champ  du,  P.,  sur  le,  G.  lat.  *cassinum, 
V.  fr.  chasne. 

Cheneviere,  tsànvJr,  du  pré,  R.,  lat.  cannabaria. 

Coeudres,  fxodr,  champ  des,  G.,  gr.  xoçyXoç,  lat.  corylus, 
*colyrum,  fr.  coudre;  iyodrt^,  coudrier. 

Cû^  là  fsàt,  R.  Nom  de  pré  fr.  „ queue  la  chatte",  l'allem. 
„Katzenstiel"  plante:    „equisetum  arvense". 

Courrouses,  curûz,  clos  des,  R.  Nom  de  la  poire  cultivée 
dans  ce  clos,  et  qui  tire  son  nom  de  Courroux,  village  de  la 
vallée  de  Delémont  d'où  le  fruit  fut  importé.  Formations  analogues: 
des  lyô  (poires  de  Lyon),  des  dsvlV  (poires  de  Develier),  des 
tsçpô  (poires  de  Champ  os).  L'étymologie  populaire  fait  dériver 
ce  nom  de  la  couleur  du  fruit,  cou  rouge. 

Envorgieres,  ànordzVr,  les,  P.  (r.  r.  1683  orgiere)  mot 
éteint,  lat.  hordeu-f-  aria  et  in,  probablement  emplacement  où 
l'on  vendait  de  l'orge. 

Fahyn,  fàyi,  plain,  pyç,  P.  lat.  planum  faginum,  petit 
plateau  planté  de  hêlres;  filyî  est  aussi  le  nom  du  putois,  qui 
se  plaît  dans  les  hêtres  cf.  „martre  des  hêtres",  angl.  „beech- 
martin". 

Foigiere,  fwadzVr  ei  fâdêi^r,  C.    lat.  filicaria,    fr.  fougère. 

Fleurats,  x^ra,  pâturage  des  prés,  C.  lat.  florem  -j-  ittu, 
mot  éteint. 

Fraises,  frà,  pré  des,  P.  s.  m.  lat.  fragum. 

Frêne,  fer,  champ  du,  pré,  R.  tsf  di  prë,  on  écrit  toujours 
préfrêne  et  prononce  prë/êr.  Ce  nom  a  donc  subi  une  double 
transformation,  car  fraxinu  donne  régulièrement  fràn.  D'abord 
une  dissimilation  des  deux  groupes  de  consonnes  pr — fr,  qui 
devait  entraîner  l'amuissement  de  «  final,    puis    sans    doute    à  une 


1  Peut-être  uu  nom  de  famille. 


2b 

époque  récente  seulement  sous  l'influence  du  fr.  pré  une  assimi- 
lation des  voyelles:  prà/ràn —*■  prafdr —*■  prë/ër. 

Geneveys,  dz'itr'ë,  champ,  M.;  lat.  jeniperu  +  ariu  la  forme 
patoise  présente  une  réduction  du  groupe  -nvr  à  nv;  plantation 
de  lin. 

Jons,  </z^,  les,  E.;  lat.  juncum. 

Malépiay,  mâlêpyà,  (r.  r.  1683)  M.  nom  disparu,  lat.  malum 
spicatum,  spicare  >  ëpyà,  sortir  de  l'épis. 

Malherbe,  malërb.  M.;  lat.  mala  herba  ma,  mal  adjectif, 
mauvais  p.  ex.:  mâlpVr,  mâlmazo,  mâ/râ,  mâlrots  etc. 

Mousse,  miis,  sur  la,  R.;  orig.  germ.  *mussa  (cf.  Br.  Z. 
XXI,  218). 

Orgerie,  ô^rdzVr,  P.  M.;  cf.  Envorgiere. 

Orme,  ô^rm,  champ  de  1',  P.;  lat.  ulmum. 

Perchattes,  për/sSf,  prés  des;  lat.  pertica  -|-  itta,  jeune  hêtre. 

Perches,  pë"-^ts,  derrière  les,  R.;  champs  de  la,  es,  Cr;  lat. 
pertica. 

Planes,  pyàn,  les,  G.;   lat.  platanum,  fr.  platane. 

Poil  du  chien,  pwà  di  tsï,  M.;  nom  de  prés;  nom  populaire 
d'une  graminée,  la  narde  roide  (nardus  stricta),  appelée  aussi 
„pwâ  <U  lu",  bien  connue  aux  faucheurs  comme  très  résistante 
sous  la  faux. 

pu'drV,  r.  P.;  fr.  poirier,  pwârV  pisiôla,  R.,  fr.  poirier  pistolet; 
l'arbre  a  disparu,  le  nom  est  resté;  il  tirait  son  nom  de  la  forme 
du  tronc  tordu  comme  un   pistolet. 

Pois,  pwâ,  cras  des.  P.,  sous  creux  di.  a)  lat.  pïsum, 
b)  pïcem. 

Pommerat,  clos  au,  M.  nom  disparu,  dont  le  sens  est  éteint 
(r.  r.  1683)  peut-être  un  nom  d'homme;  on  attend  de  pomVr  s. 
fem.  un  diminutif  pomrat. 

Racines,  ràsin,  es,  Cr.  (a.  c.  1738  es  raisennes),  lat.  radicina. 

Rainfo,  rçfô,  P.;  nom  de  forêt  de  r/<raraum,  la  branche, 
le  noeud  dans  le  bois  (cf.  ail.  Asi)  et  fl)  <  fagu.  Ce  dernier 
mot  est  .sorti  d'usage  et  a  été  remplacé  par  pérlS  et  fwàyâr,  le 
hêtre.' 

Ravières,  ràvt'r,  les,  C,  champs,  sur  les,  Cr.,  lat.  raparia, 
champs  de  raves. 

Rosenières,  Rozenièrrs,  Cr.,  i-ozni'r  P.,  aussi  nom  de  village 
ail.  Welschenrohr,  dérivé  de  raus  ail.,  fr.  roseau  -|-  suff.  inu  + 
aria  (cf.  sous  eau;  Rauss). 

Sale,  sàl,  chemin  de,  Cr.,  champ  de  (1683  saale)  d.  v.  h.  ail. 
sahala,  fr.  saule.  D'un  document  du  milieu  du  XV=  siècle  (Trouillat) 

'  Un  arbre  historique  a  conservé  et  semble  devoir  perpétuer  le  souvenir 
de  ce  mot  qui  tombe  en  désuétude;  c'est  le  fameux  ,./(>  des  hérétiques" 
des  G<:iievay.<>  sous  lequel  le  réformateur  Farel  a  pas.sé,  dit-on,  grâce  i  la 
violence  des  femmes  catholiques,  le  plus  mauvais  quart  d'heure  de  sa  vie. 


27 

il  ressort  que  ce  lieu  est  un  ancien  champ  clos  où  devait  descendre 
tout  Prévôtois  désireux  de  vider  une  querelle  par  les  armes. ^ 

Trondai,  trôdd,  le,  R.,  lat.  truncum  >>  trq  et  dd  s,  f,  „bois 
gras",  fr.  popul.  dard.  (?). 

Vaivres,  voavr,  champ  des,  creux  des,  planches  des,  marais 
des,  sur  les,  droit  des,  G.  lat.  vêpres,  le  mot  est  éteint. 

Vernes,  vë'^rn,  champ,  Cr.,  gall.  *vernos,  fr.  veme,  aulne. 

Vigne,  vsiî,  la,  M.  R.,  lat.  vinea. 

Vigneule,  vitipl,  clos  de,  M.  (1683  r.  r.  vigneulle),  lat. 
*vineola. 

Vinne,  vsn,  sur  la,  Cr.     Cf.  vigne. ^ 

c) 

Topographie. 

(1.  le  sol.     2.  l'eau.) 

I.    Noms  de  lieu  dérivés  de  la  configuration 
ou  de  la  nature  du  sol. 

Arceu,  Vàrs'ô,  M.  nom  de  rocher,  mot  éteint  (v.  1500  „in 
prato  en  l'arseuz")  lat.  arcu  -f-  eolu. 

Astai,  dstd,  pré  de  1',  dd  (sous)  prà\  fr.  propr.  terrain  qui 
s'est  assis,  du  lat.  *adseditare  >  àstd\  de.  pratum  *adseditâtum. 

Bame,  hâm,  la,  la,  G.  de  *balma  d'orig.  obscure;  caverne, 
creux,  de  là  une  dérivation  verbale  *inbalmare,  s'âhâmà,  se 
cacher  dans  un  trou  (se  dit  des  animaux). 

Besse,  bas,  pré  la,  M.  (déjà  en  1683),  lat.  bassa  (scil.  mon- 
tanea)  par  opposition  à  „là  hât".  Les  deux  adjectifs  en  fonctions 
de  substantifs  sont  encore  en  usage. 

Besace,  la,  bsàs,  M.,  nom  de  champ,  lat.  *bisaccea. 

Beserain,  champ  de,  hâsrç,  M.  1683;  signifie:  champs  du  bas, 
lat.  bassa  -|-  ariu  +  anu  (?);  cf.  fr.  riverain. 

Beseraux,  bàsrç,  M.,  nom  de  champs,  lat.  bassa  ruga,  sil- 
lons du  bas;  cfr.  v.  fr.  rote. 

Blanches  terres,  byçts  /ê",  M.   1683  nom  disparu. 

Boussa,  le,  biisà  (1683).  Est  le  troisième  et  sans  doute  le 
plus   vieux   nom    du   village    St-Joseph,    ail.  Gânsbrunnen.     Le 


'  — ,,Et  se  tant  estait  que  champ  de  bataille  se  fist  en  la  prévoté,  le 
champ  se  doibt  faire  au  lieu  de  Cretninnes ,  sur  le  pré  de  Sales,  et  pour- 
ceque  le  champ  de  bataille  se  fait  sur  la  Prévoté,  nostre  sieur  le  Prévost 
doibt  avoir  le  thier  de  V avoir  de  celui  qui  pert  et  nostre  seigneur  de  Basic 
les  2  parties  —  .  .  .  et  l'advoyer  doibt  songer  les  armures  à  ceux  qui  font 
le  champ  de  bataille,  et  doibt  avoir  l'advoyer  toutes  les  armures  du  perdant 
de  champ,  lesquelles  ar?nures  les  amis  du  perdant  poiivent  roimbre  et  ravoir 
de  Vadvoyer  pour  20  sols  à  meilleur  marché  que  nuls  autres."  — 

*  Sans  ces  derniers  noms  de  lieu  rien  ne  donne  à  supposer  l'existence 
d'une  ancienne  viticulture  dans  cette  partie  du  Jura.  Les  vendantes  n'ont 
probablement  pas  survécu  longtemps  chez  nous  à  la  disparition  des  caves  du 
couvent. 


28 

nom  est  tombé  en  désuétude.  Ceux  qui  se  le  rappellent  expliquent 
par:  bout  du  sac,  St-Joseph  étant  le  fin  fond  du  „cornat^*  (nom 
de  la  vallée).     C'est  l'étymologie  populaire,  la  véritable  se  dérobe. 

Boucles,  sur  les,  box  ^-  ^y  ^^-î  '^^-  buccula,  élévation  arrondie, 
ail.  Buckt/,  V,  fr.  bocle. 

Colattes,  les,  R.,  nom  disparu,  semble  remonter  à  un  lat. 
*collitta  (?),  mais  il  est  plus  probable  que  ce  soit  une  fausse 
graphie  pour  golattes  (voyez  go  lat). 

Combattes,  cdbâl,  les,  M.  B.  G.,  la,  Cr.,  oeuche  de  la,  E.  dira, 
de  combe  à  l'aide  du  suffixe  -itta. 

Combe,  cçb,  champ  de  la,  dos  les,  dos  les  clos,  R.,  la,  M., 
grosse,  noire,  petite  P.,  peute  (putida)  noire,  riere  la,  G.,  la,  E., 
sur  la  vieille,  Cr.,    orig.  celt.  kymb-  cumb-a   vallon  étroit,    ravin. 

Contours,  fin  des,  E. 

Contremont,  rZirmô,  champ,  G.,  synonyme  de  irwàrmo. 
Champs  situés  contra  ou  versus  montem. 

Corbesses,  les,  f(9/-^ûy- B.,  champs;  du  lat.  *curvacea,  champs 
recourbés,  avec  conservation  du  sens  péjoratif,  désigne  aussi  une 
femme  raalfaite. 

Cornât,  le,  champ  du,  E.,  lat.  cornittu,  coin,  recoin.  Est 
le  nom  de  la  vallée  parcourue  par  la  Raus  depuis  Elay  jusqu'à 
ÎMoutier. 

Cornais,  corna,  la,  C.  P.;  voyez  corna. 

Corna,  es,  R.,  lat.  corn  a  ta  fr.  cornée.  Nom  d'un  pré  s'avan- 
vant  en  forme  de  corne  dans  la  forêt. 

Côte,  côt,  de  l'Envers,  dlàvë"-  R.,  des  neufs  clos,  dos  les,  Cr., 
du  lat.  costa,  d'abord  flanc  de  montagne,  puis  forêt,  tous  nos 
flancs  de  montagnes  étant  couverts  de  bois. 

Côtate,  côtàt,  la,  R.,  es,  -s  G.,  sous  la,  M.  Cr.,  lat.  costa  -f- 
itta,  fr.  petite  forêt. 

Crâte,  crïïl,  à  la,  B.,  lat.  crista,  fr.  crête.i 

Crcmine,  c^rnïîn  (1461  Créminne,  XVI' s.  Cremin)  2  crosu 
mina,  fr.  creux  des  mines.  Les  traces  de  gisements  sidérurgiques 
sont  encore  visibles  dans  le  sol,  mais  l'industrie  métallurgique  jadis 
florissante  a  complètement  disparu  du  lieu. 

Crêt,  cm,  champ  des,  au,  sur  le,  R.,  haut  des,  la  forêt  du, 
champ  du,  1'.,  le,  peu  (putidu),  es,  sur  le  peu,  Cr.,  lat.  cristu, 
tertre,  pente  rapide. 

Cretchamp,  cretSç,  G.  (r.  r.  1683)  graphie  erronée,  fr.  crôt,  du 
celt.  kristu  -}-  campum,  champ. 

•  C'est  au  même  mol  que  je  fait  remonter  le  suisse  ail.  „Grattel"  (Ct. 
d.  Bâlc)  fierté,  dans  l'exprcbsion  „er  het  e.  G."  „cï\s\.3i -{-  tWdi"  "^  crâtàl 
et  non  pas  à  „gratter"  (cf.  Sch.  Idiolk.),  cf.  Rabelais  1,25  „acresté'\  fier, 
la  crâte  élevé,  fier  comme  un  coq;  c'est  une  évolution  sémantique  analogue  à 
celle  de  toupet  =  audace. 

*  cf.  Quiqucrcz:  ^Notice  historique  et  i,tatistique  sur  Us  mines,  les 
forêti,  et  les  Forges  de  V ancien  évêché  de  Bâle." 


29 

Creuse,  crôx,  sur  la,  la.  M.,  la,  c,  de  la  golant.  G.,  sub.  verb. 
d.  lat.  *crosare  >►  crozà. 

Creux,  crp,  les,  lat.  *crosurQ,  clos  du  crodzdna  est  le  nom 
d'un  fameux  ruisseau  de  l'Ajoie  „creux  au  sorcier"  (dzma). 
C'est  l'explication  populaire,  provenant  de  l'infection  palatale  de  s 
entre  voyelles.  Les  anciennes  graphies  ont  s,  donc:  creusenat, 
petit  creux. 

crtSâ,  r,  R.  Nom  d'un  rocher  crochu,  le  rad.  *crocc-  +  ittu, 
fr.  crochet, 

dzi,  cro  di,  R.  de  l'ail.  Gips,  fr.  plâtre. i 

Evalin,  âvalî,  l'aigre,  l'agr,  R.,  les,  M.  champ  des,  B.,  lat, 
acrem  ^  àgr,  rapide,  abrupte  et  *advallimen  >>  âvali  dériv.  de 
*advallare  >■  âvalâ  (advallem  >  âva),  fr.  éboulis. 

Froide  val,  frwâdvâ,  M.  Le  même  appelatif  est  aussi  nom 
de  famille  „  Froidevaux  ",  le  seul  ex.  où  nous  ayons  rencontré  va 
comme  subst,  fém, 

Golant,  golâ,  la,  /a,  G.,  clos  de  la,  sur  la,  G.  (r.  r.  1683  „gou- 
lant",  „goullant"),  noms  de  prés  très  élevés  sous  les  rochers,  mot 
éteint,  lat.  gulata. 

Golat,  golà,  le,  R.,  les,  Cr.  sur  le;  nom  fréquent  au  Jura, 
éteint.  Désigne  des  défilés  étroits  de  nos  arêtes  de  montagnes 
corresp.  au  fr.  goulet,  espèce  d'entonnoir,  du  lat.  gui  a  -{-  ittu  — , 
trou,  puis  défilé,  s.  f.  golât  ruisseau  près  de  Develier. 

Graiverats,  grdvrà,  les,  B.,  mot  éteint,  celt.  *grava  -f-  aria  + 
ittu,  fr.  les  petites  gravières. 

Grandval,  grçvâ,  ail.  Granfelden  (1179  Granual,  1308  Gran- 
val) ,  village  paroissial  situé  sur  la  Rauss,  nom  de  la  vallée  dès 
117g,  lat.  grandem  vallem.3 

grâvlâ,  là,  R.  ;  nom  d'un  terrain  ensablé  et  couvert  de  gravier 
par  la  Birse,  peut-être  du  celt.  *grava  on  a  tiré  un  verbe  grâvlâ 
dt.  grâvlâ  est  le  part.  pass.  fém.,  fr.  gravelée. 

Gravier e,  gravir,  sur  la,  M.  (1683  r.  r.). 

Grise  pierre,   grïz  pVr,  M.     Nom   populaire   de  la  molasse. 

Gulata,  golat,  forêt  des,  M.  (fausse  graphie  pr.  gulatte,  cf. 
golatte). 

Jeu  r  eu,  yor'ô,  le,  C.  Nom  d'une  pente  pieireuse  et  de  prés, 
mot  éteint;  lat.  glarea  +  eolum? 

Joux,  Jour,  dzû,  champ  la.  M.,  la,  coin  des,  B.,  hautes,  Cr. 
G.  R.  E.  Bridel:  djeur,  djor,  jeiir,  joux,  les  documents  du  m.  âge 
rendent  par  juriae,  fr.  joux,  les  hautes  joux,  les  noires  joux,  ail. 
Hoch-  ou  Schwarzwâlder,  fr.  forêts  de  montagne,  orig.  celt.  se  rat- 


1  Le  français  littéraire  ne  connaît  le  mot  qu'en  tant  que  terme  de  miné- 
ralogie „le  gypse",  mais  gip ,  pisser,  gisseur,  gissage,  sont  d'un  usage 
général  dans  la  Suisse  romande. 

2  Le  lyonnais  a  le  même  mot  dans  le  sens  de  déclivité,  ,,bas  d'une  col- 
line" Puitspelu  admet  le  suffixe  -inu. 

^  Il  en  sortit  au  XlVe  s.  une  famille  noble  „Henri  de  Grandval" 
{1329)- 


30 

tachent  à  ce  radical  les  noms:  Jorat,  montagne,  Jura,  César  (B. 
G.  I,  8),  Jorassf  et  Jouraile  (St.  Ursanne),  le  Joran,  nom  d'un  vent 
de  montagne  (Neuchâtel).  Cf.  Gauchat  Bull.  d.  Gloss.  1904.  i, 
p.  14  et  s. 

Laimene,  Idmèn  v.  mine. 

Laivatte,  làvàt,  la,  M.,  dira,  de  laive  à  l'aide  de  -itta. 

Laives,  làv,  les,  haut  des,  M.,  dos  les.  G.,  noms  des  prés 
(1680  r.  r.  laves)  s.  f.  grandes  pierres  plattes.^ 

Large,  lànlz,  la,  la,  R.,  flanc  de  montagne,  traduit  le  suisse 
ail.  d'Breiti. 

Malberg,  tnâbe'^,  le,  et  malber,  M.  Paraît  être  une  for- 
mation hybride  de  mal,  rom.,  et  berg  ail.  Granfelden,  fur  cri  (cri 
du  feu)  sont  des  produits  analogues. 

niPrdèl,  iS{  di,  R.,  lat.  muricarium,  monceau  de  pierre,  v,  franc, 
murgier. 

nidrnir,  là,  R.,    fr.  marnière. 

M  en  ne,  m'en,  là,  Cr.,  fr.  la  mine. 

Mine,  mèn,  creux  de,  Cr.,  voyez  menne. 

Montaignatte,  mZt^nUt,  la,  R.,  lat.  montanea  -f-  suff.  -itta. 

Monteval,  mqt'vâ,  E. 

Moron,  mdrô,  P.  Nom  d'une  chaîne  de  montagne  qui  s'étend 
de  Perrefitte  vers  la  Joux  (vers  1200  de  monte  rotundo  Tr.  I, 
No.  2q6)  ,  lat.  montera  rotundum  avec  dissimilation  des  voyelles 
nasales;  comme  nwlo  de  montonem  (chaîne  parallèle)  ou  Romont 
(Ct.  d.  Fnbourg)  de  rotundum  montera;  Blâmont  de  blanc- 
mont  ou  encore  Lomont  de  longraont  (Ajoie). 

Morte  Pierre,  mo'^rt  pi'r,  C,  nom  populaire  du  grès  porreux. 

Morte  roche,  mo'^rl  rotS,  sur,  G.  E. 

Noz,  pré  la,  B,,  mot  éteint,  (1083  noz) ,  lat.  *navica  (?)  la 
configuration  du  sol  ne  s'oppose  nullement  à  cette  conjecture.2 

Perouse,  prûz,  fond  de.  M.,  lat.  petrosa,  fr.  pierreuse,  l'anc. 
plan  et  la  carte  Siegfried  ont  le  masc.  perou,  dont  l'imagination 
populaire  fit  le  Pérou,  nom  de  prés. 

Perrefitte,  pVrfàt  (XVP  s.  pierefette,  1548  Jehan  de  pierre- 
fette).  Nom  de  village,  lat.  petra  ficta  pour  pierre  fiche,  p.  de 
démarquation. 

Pertuis,  pirl'/Ji,  le,  Cr.,    lat.  pertusum. 

Plain,  pyç,  de,  la  cote,  R.,  des  traits  {Ira  s.  f.  lat.  trabem), 
lat.  planum,  terrain  plat,  généralement  des  plateaux  de  montagnes 
ou  de  rochers. 

PyftTo,  r,  nom  d'une  petite  plaine  de  montagne,  lat.  planeolum. 

pyç  rotSà,  les,  R.,  lat.  planum  *rocca  +  -ensem. 


'  Il  faut  en  rapjirocber  le  suiss.  ail.  (Appenzell)  Seelaff  .sorte  de  ,,  pierres 
plattea"  el  peut-être  Laff  (Bâle,  Soleure)  paleron,  Laffli,  paleron  de  chevreuil, 
cf.  Id.  ,.Laff";  cf.  Nigra  A.  gl.  XV. 

•  Frib.  Not,  no  s.  m.  bassin  de  foataine,  auge,  gouttière,  dim.  notsa, 
noticht  (Bridcl). 


31 

Queux,  cW,  des  gros  champs,  lat.  coda,  fr.  confins. 

Rochattes,  rptsât,  dos  les,  Cr.,  rad.  roc-  rocca  -f-  itta,  fr. 
rochette. 

Roches,  rots  (doc.  du  XV'=  et  XVP  s.  ont  généralement  roche, 
Vs  du  plur.  ne  date  que  du  milieu  du  XIX^  s.,  comprend  les  hàt 
et  bas  rçts,  *rocca,  roche,  ail.  m  drots. 

Rocher,  rotsâ,  sur  le,  P.  E. 

Rochets,  rotsâ,  les.  G.,  pr.  rotsât. 

rotsnà ,  1',  R.  Nom  d'un  petit  rocher;  -nà  réclame  *rocca  + 
aneu  +  ittu,  peut-être  sous  l'influence  de  mot 'natte  <  montanea 
+  itta. 

Rompeux,  rôpp,  les,  B.,  mot  éteint,  barrières  des,  Cr.,  nom 
de  prés  en  pente,  lat.  rotundum  podium,  fr.  rond  puis  (?). 

Rougées,  rûzè',  les,  Cr.  Nom  de  forêt,  mot  éteint.  Au  dire 
des  habitants  du  lieu  le  nom  serait  tiré  de  la  couleur  du  sol  qui 
est  rougeâtre.  Le  mot  serait  alors  francisé,  on  attend  rûdzi^  ou 
riidzà. 

sabyô,  les.  P.,  lat.  sabulonem,  fr.  sablons. 
Seupis,    sopï,  M.    a)  entonnoir,  terme  de  laiterie,    b)  enfonce- 
ments de  terrain  en  forme  d'entonnoir. 
Tuf,  tïi,  la,  /a,  C,  s.  f.  fr.  le  tuf. 

2.   L'eau. 

Ave,  âv,  dos  1',  G.,  lat.  aqua,  eau. 

Auge,  âdz,  dos  1',  R.,  s.  m.  lat.  alveum. 

biel,  tn^,  le,  R.,  le  ruisseau,  lit  de  rivière. 

Berne t,  ôrnë,  clos.  G.,  ail.  brunn  +  ellum.  La  métathèse 
de  r  s'est  déjà  produite  dans  les  dialectes  allemands  (brunn  et 
born),  fr.  source,  fontaine. 

Brunnacker,  le,  M.  (1673  r.  r.),  fr.  champ  de  la  fontaine. 

Chade-fontaine,  tlâd/ôtân,  crSiS  de,  M.,  lat.  calda  fontana. 

Chalière,  tsayî'r,  fin  de  la,  M.  (XIIP  s.  Zscholiers,  Salières, 
Challiers,  Cholliers),  lat.  cathedra,  a)  Nom  d'un  village  dis- 
paru. Détruit  au  commencement  du  XVII^  s.,  par  les  ravages  de 
la  peste.  Il  n'en  reste  que  la  petite  église  de  même  nom  au 
cimetière  de  Moutier,  primitivement  une  anjiexe  de  V ancien  moiiastire 
Grandis  vallis.  Les  graphies  avec  Z'  (ail.  zu)  et  0  pour  a  rendent 
la  prononciation  allemande,  b)  Nom  d'un  ruisseau,  affluent  gauche 
de  la  Birse. 

Chenat,  tsnâ,  pré.  P.,  lat.  canalem,  fr.  le  chenal,  a)  le  ch. 
de  bois  destiné  à  conduire  l'eau  de  pluie  au  puits  (en  usage  dans 
nos  montagnes),     b)  ravin,  canal. 

âv  d'iâ  t)(ozm,  M.,  fr.  eau  de  la  cuisine.  Venant  d'une  ancienne 
poissonnière  réservée  à  la  cuisine  du  chapitre. 

Eaux,  âv,  entre  les,  àtr  /',  R.  M.  P. 


32 

Elay,  ë/à,  pré  d',  C.  a)  nom  de  ruisseau,  b)  nom  de  village, 
ail.  Seehof.  a)  est  le  nom  du  cours  supérieur  de  la  „Gaibiatte" 
(ruisseau),  lat.  in  lacum. 

Fontaine,  /à /an,  vers  la,  B.  M.,  lat.  fontana. 

Fontenattes,  y^7/«fl/,  les,  R.,  lat.  fontana  +  itta. 

Gaibiat,  gàbyà,  vie  du,  le,  C,  mot  éteint.  Nom"  de  marais 
situés  près  d'Elay  et  du  ruisseau  qui  en  découle.  Il  se  bifurque 
en  deux  branches,  le  Gaibiat  et  la  Gaibiatte;!  la  première 
va  se  jeter  dans  la  Raus,  l'autre  dans  la  Scheulte.  gaibiat,  subst. 
déverb.  formé  à  l'aide  du  suff.  -ittu  du  lat.  vapulare  (comme 
molà,  le  mouillât  v.  ce  mot),  dans  le  sens  eaux  stagnantes,  marais. 
Conservé  dans  les  dialectes  du  Sud:  Lyonnais  (bolliet,  endroit 
marécageux,  mare  croupissante).  Dauph.  gaboUi,  gabouillé,  re- 
muer l'eau,  provenc.  gaboui,  gabiot,  saintongeais:  gabot  s.  f. 
gâchis,  flaque  d'eau;  gabouia,  gaboulha,  s'agiter  (en  parlant 
d'un  liquide  contenu  dans  un  vase)  gaboulhage,  action  de 
patauger. 

Glaçon,^wô,  pré,  R.  Pré  très  humide,  qui  reste  longtemps 
couvert  de  glace  au  printemps. 

Jayai,  dzayd,  marais,  Cr.,  lat.  gelatum,  gelé.  Le  /  dans  le 
verbe  actuel  d'alà  ne  représenterait-il  pas  un  retour  de  y  à  /  sous 
l'influence  du  mot  français?  (cf.  noms  de  lieu:  nidyi,  aujourd'hui 
tmII,  fr.  moulin,  msyir  de  molaria). 

Marais,  mârâ,  es,  au,  les,  B.  G.  Cr.  C.  E.  Plusieurs  ont  dis- 
paiu  ne  laissant  que  leur  nom. 

Mer  douce,  la,  wë"  dûs,  /a,  R.,  l'ancien  cadastre  porte  le 
Mardou;  lat.  merdosa  >  màrdûz,  merdosu  >  mdrdu  dont 
l'étymol.  popul.  devait  faire  „mer  douce".  Cette  transformation 
populaire  atteste  un  affinement  du  goiit  et  devait  se  produire  au 
moment  où  il  s'agissait  de  coucher  ce  nom  sur  le  papier  blanc 
des  actes  officiels. 

Meusiatte,  mozyàt,  la,  R.  Subst.  verbal  formé  à  l'aide  du 
suffixe  -itta  de  mucere,  môzî^,  moisir. 

Mouillât,  motà,  champ  du,  P.,  subst.  verb.  du  lat.  *molliare, 
motï',  mouiller. 

Nan  ou  Nant,  nà,  le  ou  la,  sous  la,  plain  de  la  R.,  roches 
des,  champ  des.  M.,  prés  des,  orig.  celt.  gall.  *  nan  ton  source, 
val  lis,  ravin,  ruisseau. 

pyodz,  cra  d'id,  G.,  lat.  jjluvia. 

pus,  a,  B.,  lat.  puteum,  fr.  aux  puits. 

Rauss,  raus,  sur  la,  M.  (1150  Arosa,  Orosa),  champ  de  la, 
(1683  Raousha).  Nom  d'une  petite  rivière  qui  prend  sa  source 
près  de  St- Joseph,  traverse  le  village  de  Crémine  et  de  Grandval 
et  se  jette;  dans  la  Birse  au  dessous  de  Moutier.  Cf.  Areuse  (Ct. 
d.  Neuchâtel)   ail.  Reuss,    bordelais    Raus,   Araus,    bearn.  arauc    du 

'  La  graphie  des  caitcs  de  l'état  major  ,,Gaibiare"  est  erronée,  et  re- 
produite à  tort  dans  Atl.  géographique  (Knap-Borel). 


33 

V.  h.  ail.  *rauza,  got.  raus,  roseau,  jonc.  L'on  remarquera  que  l'ag- 
glutination dans  A  r  eu  se  est  très  ancienne. 

Rive,  riv,  la,  crêt  de  la,  dos  la,  la  peute  (putida),  R.  P.  M. 
Cr.  E. 

Riviade,  rîv  d'iav,  la,  F.  Semble  être  une  déformation  ar- 
bitraire de   rïv  d'iâv. 

Schnapoux,  mapu,  le,  R.,  mot  éteint  (r.  r.  de  la  „Schnap- 
haus"  1683)  (a.  c.  Schnapoux  ail.  Schnaphus).  Nom  d'un  rocher 
entre  Moutier  et  Roches  d'où  se  précipite  une  eau  bruyante  au 
temps  des  crues  ou  après  de  grands  orages.  De  l'ail,  schnappen, 
parler  haut  et  avec  précipitation  (schw.  Idiotk.)  -|-  osu  (cf.  dzâzit, 
jaseur).  L'ail.  „Schnaphus"  me  paraît  être  une  étymologie  po- 
pulaire faite  sur  le  féminin  -osa  (cf  màrdu{z),  p3ru{z)  cités  plus 
haut). 

Seignes,  sdn ,  les,  grosse  C,  P.  Mot  éteint  chez  nous.  Il 
signifiait  marais,  lieux  humides.  Le  mot  est  répandu  sur  tout  le 
territoire  de  la  Suisse  romande  (surt.  Ct.  Neuchâtel  !)  en  Bourgogne, 
département  du  Doubs,  Haute-Saône,  Beaujolais  et  du  Midi  (Lozère, 
Ardèche),  du  lat.  saniem  ou  sanea  pus,  sang  corrompu,  fr.  sanie 
est  mot  savant;  puis  comme  fréquent  nom  de  lieu,  marais. 

Tarreau,  Tairas,  Terras,  Terreaux,  Terroux,  tara, 
champ  du,  R.,  pré  du.  P.,  entre  les,  C,  combe  des,  M.  Cr.,  du 
mitan  (milieu),  Cr.  Plusieurs  de  ces  graphies  sont  corrompues;  les 
formes  -eau(x)  sont  françaises. 

iàrâ  du  lat.  terralem  le  fossé,  tranchée,  lit  d'un  ruisseau. 

Vevay,  vcvë,  le,  combe  derrière,  R.  (1683  r.  r.  le  biel  du  vevé), 
mot  éteint.  Du  lat.  vivarium,  fr.  vivier.  Quant  au  suffixe,  je  ren- 
voie à  -arius,  -aria  traité  dans  le  vocalisme.  Cette  étymologie 
est  certaine,  quoique  le  vivier'-^  ait  disparu  sans  laisser  de  traces; 
en  face  de  l'ail.  „lm  Weih'"  {a  v^vê)  pour  Weihern,  il  n'est  plus 
de   doute.     Ainsi    des   lieux-dits    bilingues  s'entr'expliquent  souvent. 

Virât,  vtrà,  gros  gaure,  grç  gçr,  C,  subst.  verbal  de  vtrî', 
tourner;  à  l'aide  du  suffixe  -ittu.  gôr  du  lat.  gurgem,  endroit 
profond  d'une  rivière  ou  d'un  ruisseau  où  l'eau  est  dormante. 

Vivier,  vsvî^,  au  G.,  lat.  vivarium. 

yù^,  côb  d^lâ,  G.,  nom  d'un  ravin  arrosé  d'une  sale  eau. 

yû^,  le  purin,  lat.  *lûta,  lutare  '^  yuâ. 

yûUz,  en,  G.,  nom  de  pré,  lat.  lutosa,  sale. 


^  Le  canton  de  Neuchâtel  particulièrement  offre  des  dérivés  multiples: 
La  Sagne  (village),  les  Seignettes,  Seigneret,  Seignelet,  Saignottes, 
Seigneule  (*saneola),  Seignelegier  (sanea  Leodegarii). 

2  L'on  pourrait  ajouter  qu'au  nom  d'tiomme  cité  par  Tr.  vol.  II, 
p,  XXXIX:  Udelardus  de  Vevay  correspond  dans  Schôpflin:  Alsatia 
diplm.  I,  239  „Udelardus  de   Vivier '\) 


u 

d) 

Cultures  et  activité  de  l'homme. 

(1.  Habitation  et  industrie.     2.   Cultures.     3.   Outils.) 

I.    Habitation  et  industrie. 

Battout,  l'à/û,  champ  du,  M.  (vers  1700  bettouz),  rad.  bat 
+  oriu.  a)  batteur,  b)  battoir.  Il  est  intéressant  de  voir  que  l'on 
battait  anciennement  en  plein  air.  Cet  usage  disparu  chez  nous 
s'est  maintenu  jusqu'à  nos  jours  dans  certaines  parties  de  la  France 
(Dauphinée,  Meuse,  Wallon  et  Piémont). 

Chairtoux,  isàrtii,  au  (r.  r.  1683),  Cr.,  fr.  chartier. 

tsàrbonï'r  â  fàvr,  R.,  lat.  carbonaria  et  lat.  fabrum,  fr.  la 
charbonnière  aux  forgerons. 

Chargeout,  iSdrdzu,  le,  Cr.  C.  Nom  de  prés,  lat.  caricare 
+  oriu,  pr.  ainsi  dire  „chargeoir":  lieu  où  l'on  chargeait  ancienne- 
ment le  foin  et  le  regain  dévalés  des  hauteurs;  on  le  portait  de 
là  à  bras  jusqu'à  la  grange  ou  sur  le  chemin. 

Chatelat,  tsàtlà,  neuf,  E.  L'édifice  a  disparu,  lat.  cas  te  1- 
littum. 

Chaufour,  Isâ/ôr,  le,  sur  le,  E.,  plain  de,  lat.  calcis  furnum. 

Chételat,  tsàt/à,  C,  voyez  Chatelat. 

cû'  iSi'l  pltV,  R.,  nom  de  pré,  fr.  queue  chez  le  pelletier. 

Corvans,  corvà,  es,  Cr.,  lat.  corrogata,  fr.  corvée.  Désignait 
primitivement  le  travail  collectif  imposé  par  le  seigneur  aux  serfs 
et  consistait  à  réparer  et  entretenir  les  chemins,  à  défricher  ou  à 
déboiser  les  forets.  Aujourd'hui  le  terme  s'applique  au  travail  gratuit 
dont  chaque  bourgeois  est  redevable  à  sa  commune  et  qui  s'effectue 
en  journées  d'hommes  ou  de  chevaux. 

Forge,  fo'^rdz,  clos  de  la,  P.,   lat.  fabrica. 

Garde,  dyàrd,  la,  R.  Nom  d'une  maison  placée  à  l'entrée 
des  gorges  Roches-Choindez  (allem.  Schwendi).  L'institution 
d'une  garde  militaire  à  ce  défilé  remonte  au  temps  de  l'alliance 
de  la  prévôté  Moutier-Grandval  avec  Berne. 

Ecrivain,  vers  chez    G.     On  appelait  ainsi  le  notaire. 

Faibre,  fdvr,  clos  au.  Nom  disparu,  M.,  lat.  fabrum.  L'on 
dit  aujourd'hui  màrtSa,  fr.  maréchal. 

Heutte,  Kit,  la,  sur  la,  R.,  de  l'ail.  Hutte,  cabane. 

Hospital,  champ  de  1',  M.  (r.  r.  1683). 

Hôta,  ^/â,  champ  de  1',  derrière,  R.,  lat.  hospitalem.  a)  la 
grande  cuisine  voiàtée  de  la  maison  bourguigno-jurassienne  (cf. 
Zimmerli  I,  p.  57).     b)  la  maison  (val  d.  Delémont). 

Hostaux,  ôtd,  fin  des,  P.,  voyez  Hôta.  Cette  formation  en 
-aux  du  pluriel  est  due  à  l'influence  française. 

Loge,  Ipdi,  heutte  de  la,  verger  de  la,  R.,  m.  h.  ail.  laubja, 
demeure. 

Maisonette,  mâSnàl,  la  vieille,  R. 


35 

Maisons,  mâzo,  vers  les,  G. 

Mehyre,  msyVr,  en,  P.,  mot  éteint,  nom  de  pré,  lat.  m  cl  aria. 

Moulin,  mdyi,  vers  le,  R.,    champ  du,  G.  Cr.,    lat.  mulinum. 

Néjoux,  nàzû,  les,  haut  des,  G.  (vers  1640  naigou(s)),  du 
V.  h.  ail.  natjan  d'oii  *natiare  >  ytàzV  -\-  suft.  oriu;  lieu  où  l'on 
étend  le  chanvre  à  rouir. ^ 

Pavillon,  au  champ,  M. 

Places,  pyàs,  neuves,  Cr.  (r.  r.  1683). 

Ribe,  rîh,  la,  là,  clos  de  la,  Cr.,  suiss.  ail.  Ribi  dér.  de  reiben, 
tréturer.     Maison  oti  l'on  foulait  le  chanvre.     A  disparu. 

Sahoure,  la,  E.  (r.  r.  1683),  mot  éteint,  lat.  secatoria,  fr. 
scierie,  cf.  secare  >»  swàyi^,  secatorem  >•  swdyîi. 

Scie,  clos  de  la,  Cr. 

Siir,  là,  R.,  ail.  Scheuer,  suisse  ail.  Schûre,  la  grange.  Se  dit 
des  écuries  de  montagnes  destinées  à  abriter  le  bétail. 

Vache,  vàts,  la,  G.  M.  E.,  de  l'ail.  Walke,  suisse  ail.  Walcht  s.  f , 
fr.  la  vauche. 

Velle,  vàl,  clos  dos,  M.  E.,  développement  irrégulier  de  -il la, 
lat.  villa,  dans  le  sens  domaine,  et  non  pas  de  village.^ 

Verrerie,  vwàrVr,  la,  M.  R.,3  lat.  *vitraria. 

2.   Cultures. 

(g)  champ.      /?)  forêt.      y)  clôture  et  chemin.) 

a)  Le  champ. 

Abues,  âbû',  les,  M.,  mot  éteint.  Nom  d'un  finage.  Se  re- 
trouve ailleurs  (Court  et  Delémont  par  ex.).  Provenance  obscure. 
Godef.  connaît  un  verbe  abuer,  convertir  en  fumier  dont  âbû^ 
pourrait  être  dérivé,  comme  bû^  de  bûà,  la  lessive,  lessiver. 

Aimaittennes,  àmàt^n  (Amattennes,  Araaittennes,  Amat- 
tines  et  1683  r.  r.  Aymatynes)  R.  B.  G.  Cr.  C.  M.  Nom  de  pâ- 
turages ou  prés  élevés,  du  m.  h.  ail.  5wâ/ +  suff.  rom. -îna.  Encore 
conservé  dans  des  noms  de  lieu  de  la  suisse  ail.  p.  ex.  Amets- 
matt,  suisse  3A\.  amad,  amet,  âmçf,  regain. 

Bandes,  bçd,  les.  P.,  v.h.zW.bmda,  le  nom  vient  de  la  forme 
allongée  des  champs. 

Beuclaire,  boià,  pré,  C,  graphie  erronée,  verbe  dériv.  de 
boi  <  *bosca,  fr.  bûche;  qui  a  subi  visiblement  l'effet  du  feu  (ail. 
ajigebrannt). 

Beucle,  bôy^,  a,  C.  (r.  r.  1683)  même  origine  que  le  précédent, 
fr.  le  brûlon. 


*  Zschr.  XV,  244,  Meyer-Lûbke,  Brid.  néza,  nézï,  lyon. :  se  naiser  se 
moisir. 

^  Cf.  Fustel  de  Coulanges,  Le  domaine  rural  chez  les  Romains. 
Revue  des  deux  mondes,   15  septembre  1886,  p.  334  et  s. 

^  Il  ne  reste  de  cette  verrerie  de  Roches  jadis  célèbre  que  le  nom  et 
quelques  pans  de  mur. 

3* 


Bochet,  boisa  et  bçtsà ,  le,  Cr.,  lat.  busc-ittu  et  -atum,  fr. 
le  buisson. 

Breulay,  sur  le,  côte  de,  Cr.  E.  (1683  dos  le  breuslay),  lat. 
*brustulatum. 

Buisson,  bçtsà,  drte  (deretro),  B.,  champ  du,  P. 

Caires,  car,  peu,  Cr.,  lat.  quadrum,  parcelle  de  terre. 

Carré,  cdrà,  pré,  M.,  lat.  quadratum. 

Champ,  ///,  rière  plain,  rond,  M.,  qui  monte,  dessus,  du  clos, 
du  haut,  d'ia  fin,  les,  derrière,  B.,  gros,  rouges,  du  crat,  les  vieux, 
G.,  es  gros,  courts,  neufs,  sur  la  Nant,  de  travers,  rond,  de  dos, 
R.  M.  E,  P.,  lat.  campum. 

Champat,  tsç^d,  le,  B.,  lat.  campittu. 

Champois,  tsçpwd,  le.  M.,  sub.  verb.  de  campicare  >> 
isçpwàyV. 

Champoz,  tsçpÇy  le  petit,  M.  P.  Nom  de  village  de  la  pa- 
roisse de  Bévilard  sur  le  versant  sud  de  Moron,  lat.  Camponem 
par  dissimilation  des  voyelles  nasales  (cf.  mçrç,  mç/ô,  rômç). 

Chaussattes,  fsâsàt,  es,  M.  (1683  r.  r.),  lat.  calcern  +  itta. 
Nom  de  champ. 

Chausses,  tsàs,  noires,  P.,  lat.  calcea,  fr.  chausse. 

Chaux,  tsâ,  sur,  sous,  fin  sur.  M.,  pâturage  de  la,  B.,  mot 
éteint.  Origine  la  plus  probable  *calmis  (cf.  Gauchat,  Bullet.  du 
Glossaire,  4.  année  Nr.  l  et  2);  fr.  étendue  de  terrain  inculte,  chez 
nous  plutôt,  partie  de  haut  pâturage  généralement  en  pente.  11  faut 
y  rattacher  Sonchal,  sotSâ,  lat.  summum  *calme,  C.  et  Méchal, 
mlSâ,  lat.  médium  *calme,  R. 

Chavon,  isdvîj,  des  champs,  R.,  du  cerneux,  Cr.,  lat.  capo- 
nem,  bout,  confin,  extrémité. 

Cher  ter  esse,  tsàrtràs,  (r.  r.  1683),  en,  Cr.  Nom  disparu,  sub. 
verb.  formé  sur  étSdrtà,  fr.  essarter,  à  l'aide  du  suff.  -icia  avec  un 
sens  péjoratif  et  aphérèse  de  l'initiale,  (cf.  Ecorcheresse  —  ecrtsras 
(village),  Loveresse  —  Içvràs  (village),  de  luparia  -j-  icia.) 

Cilliat,  1683,  creux  de  dos,  M.,  nom  disparu,  graphie  erronée, 
fr.  sillon. 

Closelet,  "j^ôzlâ,  le,  C,  lat.  clausulittu,  petit  clos. 

Clos,  yô,  le,  de  dos  les,  derrière  les,  dos  les,  R.,  cras  des, 
c.  l'oeuchatte.  M.,  gros,  dessus  les,  neufs,  petit.  P.,  du  moulin,  es, 
P.,  les  grands,  B.,  cl.  derrière,  es,  dessus,  dessous,  G.,  de  vélie,  Cr., 
du  creux,  de  la  montagne,  C.  E.,  lat.  clausum. 

Commnal,  tyamnâ,  pré.  M.,  lat.  communal em. 

Fadins  (1683)  aujourd'hui  Faudin,  M.,  champs.  Mot  éteint, 
peut-être  v.  fr.  fatide,  parc  ou  ferme  de  claies  principalement  à 
l'usage  des  brebis. 

Fausse  (1683),  champ  de  la.  M.,  nom  disparu,  sans  doute 
fausse  graphie  pour  fosse. 

Fenatte,  fnàt,  la,  les,  G.  B.,  lat.  finem  -j-  itta,  petite  fin. 
Fin,  fl,  la,  f.  de  là  outre,  M.,  de  vigneule,  entrée,  la  petite, 


37 

la  grande,  de  l'épine,  haut  de  la,  B.,  petite,  Cr.,  sur  la,  K,  primi- 
tivement „pièce  formant  limite",  pais  „portion  de  terre". 

Gerdillats,  dzàrdiia,  les,  G.,  petits  jardins,  n'est  pas  indigène, 
malgré  son  suffixe,  le  mot  patois  est  ty^orti,  jardin. 

Gerboz  (1683),  champ,  G.  Nom  disparu,  mot  éteint,  peut- 
être  faut-il  lire  gerbou,  lat.  garbosu  >  dzàrbu,  dzàrbà,  produire 
des  gerbes. 

Graichins,  grâsi,  G,,  lat.  crassinu,  terrain,  à  terre  grasse, 
ou  engraissés. 

Jardin,  pré  du,  R.     Doit  être  d'origine  récente. 

Met,  77ià,  au,  a,  C.,  mot  éteint.  Nom  d'un  finage,  s.  m.  graphie 
sans  doute  erronée  pour  maix,  fréquent  terme  de  chancellerie:! 
lat.  mansum,  métairie,  habitation  rurale,  ferme;  provençal  mas. 

Morceau  de  là,  nwrsla,  R.,  pré.  Déformation  arbitraire,  lat. 
morsu  +  ellu  -j-  ittu. 

Nerfs,  «ë%  les,  haut  des,  rive  des.  P.,  mot  éteint,  lat. 
nervum. 

Oeu chatte,  ofsàt,  dos  1',  les  peutes.  M.,  les,  B.,    dim.  de  ôls. 

O  eue  h  es,  ots,  (1683  r.  r.  „oeche"  (s)),  dos  1',  clos  de  1',  R. 
G,,  es,  dos  les,  de  la  combatte,  dessus  grosses,  haut  des.  M., 
dessous,  B.  E. 

Les  documents  latins  du  moyen  âge  traduisent  par  huchia,  la 
Suisse  romande  connaît  les  formes  oeuches,  oiiches,  hoîiche,  oche,  osche, 
{peiichotte ,  ouchatte),  et  Godef.  donne  les  variantes:  osche,  hosche, 
ousche,  housche,  oche,  hoche,  ouche,  houche,  heuche,  aouche,  oiche ,  oyche, 
hoische,  oisca,  oge,  oke.  „s.  f.  jardin  fermé  de  haies,  terre  labourable 
et  entouré  de  clôtures,  terres,  cultures."  Au  Jura  le  mot  désigne 
aujourd'hui  généralement  les  jardins  potagers,  près  des  maisons, 
jardins  communaux.  L'on  fait  remonter  le  mot  à  un  b.  lat.  oca 
dont  l'origine  reste  à  trouver.  Ducange  (Diez)  olca  celt.?: 
terrae   portio    arabilis  fossis  vel  saepibus  undique  clausa. 

Or  dons,  ordç,  les,  R.  M.;  s.  m.  a)  portion  de  terrain  inculte 
démarquée,  destinée  à  être  défrichée.  b)  tâche  ordonnée.  Le 
même  mot  signifie  au  Ct.  de  Vaud  une  ligne  d'ouvriers  marchant 
de  front  (vendangeurs,  moissonneurs),  lyon.  ordro  (ourdo,  oitrdoii) 
même  sens  lorr.  ordon,  portion  d'une  coupe  afîouagère  (Godef.), 
dérivé  à  l'aide  du  sufF.  -onem  de  ordinem.^ 

Paigre,  pdgr,  le.  M.,  mot  éteint.  En  Ajoie:  parc  des  pour- 
ceaux au  pacage,  origine? 


1  Formule  consacrée  des  lettres  d.  fiefs  du  XVIe,  XVIIe  ou  XVIIIe  s. 
—  item  avons  prêté  à  savoir  un  maix,  lieu,  pour  pris ,  tignement,  fiommé 
N.  N.  en  champs,  prays,  oeuches,  courtils,  cernis,  bois  plains,  chêsaulx,  ver- 
gers, montagnes,  réages,  champois,  terres  arribles  et  non  arribles  etc.  (a.  c). 

2  Ordonnance  communale:  „0n  oblige  ensuite  les  hanvoir  (l'ail,  bann- 
■wart,  garde  champêire)  d'aller  pour  faire  la  visite  des  or  dons  pour  voir 
s'ils  sont  écharté  et  britslé  et  netoyé  homiestement  en  vertus  des  conditions 
de  la  Communauté  s'il  trouve  qu'ils  ne  sont  en  bon  état  ils  seront  pagable 
de  4  sols  et  detni  et  refaire;  à  Ferrefitte  le  jour  de  la  St-Martin  l'an  1724." 


Pâturage,  des  neufs  prés,  M.,  du  droit,  P. 

Pâture,   la,  P. 

Pécas,  pçcâ,  les,  sous  les,  E.,  mot  éteint,  s.  m.  Nom  de  prés 
qui  se  retrouve  ailleurs,  pécal  (Val  de  Delémont,  Champoz  [comme 
sobriquet]  Franches-Montagnes),  lat.  pecualera? 

Planches,  pyçts,  des  combattes,  B.,  es,  Cr.,  champs  de  forme 
rectangulaire  et  oblongue,  réservés  généralement  à  une  plantation 
spéciale,  lat.  planica. 

Prai  là,  pràla,  Cr.,  lat.  pratulittum. 

Pré,  prà,  le,  gris,  le  petit,  champ  du,  M.,  neuf,  long,  rond, 
peu,  P.,  rière,  B.,  neufs,  es  p.  maigre,  Cr.,  franc  (exempt  de  taxes 
publiques)  Cr.,  lat.  pratum. 

Quart,  car,  P.,  s.  m,,  lat.  quartu,  parcelle  de  terre. 

Quemines,  i'fnidn  et  iyjnïn,  voyez  „Quemenne". 

Quemenne,  i^/J'nî^n,  P.,  champs,  du  lat.  communem,  sub.  f. 
par  confusion  des  suffixes  -una,  -in a. 

Querre,  i-/cr,  la.  G.,  mot  éteint,  extrémité  d'un  pré,  donnant 
accès  aux  champs  où  charrue  et  char  ont  libre  passage. 

Quéron,  l'iêro>U  au.  G.,  dér.  du  précédent  à  l'aide  de  -onem. 

Queux,  cW,  des  gros  champs.  P.,  lat.  coda. 

Rangs,  rà,  es  courtes.  G.,  mot  éteint,  orig.  gaul.  */-/^a,  '^fîga. 
provençal,  rega,  v.  fr.  roie  aujourd'hui  raie\  cf.  seta  >>  sa. 

Raye  (s),  râ,  la  courte,  B.,  longues,  M. 

Ray,  rà,  le,  M.  Nom  d'une  métairie  et  des  terres  attenantes, 
ail.  im  Rà,  mot  éteint  (graphie:  lo  Rahy  vers  1500,  1632  la  combe 
du  reey,  le  biel  du  ray,  1624  Loys  du  Ray),  sorti  du  b.  lat. 
reagium,  le  réage. 

Tacon,  làcç,  clos  du,  P.  a)  terme  de  cordonnier;  pièce  de 
cuir  recouvrant  un  trou,  b)  pièce  de  terre.  Le  mot  traduit  exacte- 
ment le  suisse  ail.  plàtz,  qui  du  reste  est  entré  à  une  époque  re- 
lativement récente  (puisque  bl  s'est  conservé)  dans  le  lexique  de 
nos  patois,  de  sorte  que  hlàts  et  iàcç,  blàlsà  et  riàconà  sont  au- 
jourd'hui synonimes. 

Voirgie,  vwàrdéi^  (s),  de  vers  midi,  plain  des,  R.,  de  dos, 
au,  C,  dos  r  village,  E.,  s.  m.  lat.  viridiarium,  fr.  verger. 

/?)  La  forêt. 

hçbr),  r,  d'prUz,  M.,  1',  B.,  le  grand,  Cr.  G.  Traduit  l'allem. 
Bannholz,  bois  mis  à  ban,  b.  banal  d.  lat.  buscu  >■  bô,  forêt;  prûz 
<  petrosa. 

Billes,  bel,  combe  des.  M.,  fr.  billon,  d'où  le  verbe  beyonnà, 
rouler  parterre  (cf.  Paniers  v.  86). 

Coperie,  coprV,  la  vieille,  E.,  lieu  déboisé,  traduit  VdXi.Schlag, 
du  verbe  copà  avec  suff.  francien  -crie. 

Débrisure,  la  (1683)  nom  disparu.     Est  français. 

Echert  ou  Eschert,  ëSê*,  nom  de  village.  1 176  confirmations 
des    possessions   de   l'église  Moutier  Grandval  —  et  quartam  de 


39 

ferrofodinis  de  Eschert  etc.,  de  la  Nant,  vieux,  M.  B.,  haut 
des,  G.,  rière  neufs,  E.,  subst.  verb.  m.  de  ex  sert  are,  çyarlà.  La 
graphie  Eschert  trahit  un  scribe  allemand,  et  produit  le  passage 
de  '/^  k  s  dans  la  prononciation. 

ëyëdrV,  M.,  fr.  essert  derrière. 

Esserures,  çx^rur,  les,  R.,  même  origine  +  sufF.  francien  -ûre. 

Es  tel  le  s,  çtàl,  plain  des,  Cr.,  lat.  Stella,  a)  étincelle,  b)  bu- 
chille. 

Estray,  çirà,  plain,  G.  (r.  r.  1683)  lisez  plain  es  trais,  cf. 
Traits. 

Nalé,  7ialà,  â,  M.,  pré  de  la  montagne.  Serait-ce  un  produit 
de  synérèse  de  préposition  au  subst.,  fr.  en  allée? 

Traits,  trà,  plain  des,  Cr.  G.,  s.  f.  lat.  trâbem,  fr.  billon. 

Tramont,  trâmç,  P.  Nom  de  forêt,  lat.  trans  montem 
comme  outre  mont. 

Varennes,  vwàrdn  (ailleurs  Voirennes),  E.,  sorte  de  terre 
sablonneuse,  le  fr.  garenne.  Lieu  oii  l'on  parquait  les  animaux  de 
chasse,  la  vivàran  étant  établi  sur  un  terrain  inculte,  le  mot  passe 
au  sens  de  mauvaise  tene.  Le  mot  se  rencontre  comme  nom  de 
lieu  et  avec  conservation  de  w  germanique  sur  tout  le  territoire 
de  la  Suisse  romande. 

y)   La  clôture  et  le  chemin. 

Aigeatte,  àJz,  1',  Cr.,  s.  f.  dim.  de  àJz,  petite  haie  vive. 

Aige,  àdz,  combe  de  1',  dos  1',  dessus  la  grande,  clos  sur,  Cr. 
C,  s.  f.  la  haie  vive. 

Aigel  (1683  r.  r.),  clos,  semble  présenter  un  dériv.  du  mot 
précédent  à  l'aide  du  sufî.  -ella. 

Baires,  bdr,  es,  C,  de  l'ail,  hare,  fr.  barrière. 

Barres,  hàr,  entre  les.  M.,  creux  de  la,  R.;   voyez  Baires. 

Barrière,  bàn'r,  champ  de  la,  P. 

Charreratte,  isdr^ràt,  la,  P.  Cr.  R.,  lat.  carraria  +  itta,  fr. 
petite  charrière. 

Charrière,  tsàrlr,  champ  de  la,  G.  C.  (1683  vielle  charère), 
lat.  carraria,  chemin  de  montagne,  praticable  aux  chars. 

ChasP,  tsâsV,  chemin  de  la.  M.,  fr.  la  chaussée,  lat.  *calciata. 

Cerne  tours,  aux,  E.  Le  nom  n'est  plus  compris,  i.  cïr- 
cïnum  >  fr.  cerne.  2.  tours,  nom  d'homme.  Tours,  Tins  suisse 
ail.  Tirs,  dim.  Turslt,  de  Satit  Ursiis  >  Turs  par  synérèse;  cf.  ail. 
Talbe  <^  St-Alban  (Baie). 

Cerneutat,  sembla,  au,  B.,  dim.  de  cerneux,  formé  à  l'aide 
de  -ittu. 

Cerneux,  serno,  le,  B.,  petit.  G.,  gros,  E.,  lat.  circineolu  (?), 
fr.  enceinte. 

Cerniatte,  senlài  (1683  r.  r.),    pré  de  la,  M. 


40 

Cernier,  s?rtiVr,  en  la,  G.  (r.  r.  1683),  lat.  circinaria,  fr. 
terrain  entouré  de  clôtures. 

Gattre,  gàfr,  dos  la,  dessous,  la,  R.,  du  suiss.  ail.  gaitr, 
barrière  à  claire-voie  tournant  sur  un  pivot,  formant  clôture  d'un 
champ  ou  finage  quelconque;  en  usage  surtout  sur  nos  pâturages 
de  montagne  pour  empêcher  le  bétail  de  vaguer.  A  Court  on  dit 
an  doràdz  ou  doldz,  le  français  populaire  du  Jura  rend  la  chose 
par  clédar. 

Haie,  la,  M.,  est  français. 

Jatte,  dzat,  sur  la,  Cr.  Un  phénomène  d'aphérèse  rend  le 
mot  méconnaissable,  il  faut  lire  '/il  Pd'Izat  voyez  Aigeatte. 

Murs,  sur  les,  Cr.,  est  français. 

Neuf  vie,  (1683  r.  r.),  G.,  nom  disparu,  lat.  novam  viam. 

Peine,  /?«,  pont  de,  M.  Nom  du  pont  de  pierre  traversant 
la  Birse  entre  Roches  et  Moutier.  J'estime  que  la  graphie  et  la 
prononciation  actuelle  du  nom  sont  diàes  à  l'étymologie  populaire, 
qui  interrogée  sur  l'origine  de  cet  appellatif  répond  „  c'est  qu'il  a 
coûté  beaucoup  de  peine".  Une  graphie  du  XVIP  s.  a  penne,  lat. 
panna,  pan,  terme  de  charpentrie,  longue  poutre  (cf.  Bridel  bois 
de  construction  (Bière)  ).    Le  pont  précédent  aurait  donc  été  en  bois. 

Places,  pyàs,  neuves,  Cr. 

Pont,  pQ,  de  là  du.  M.,  clos  du,  Cr. 

Sentier,  sàlV,  champ  du,  P. 

Soit,  swdy  sur  la,  B.,  mot  éteint,  lat.  sëpem,  fr.  la  haie. 

TiHd,  sdtV  d'id,  M.  Sentier  de  montagne,  de  lat.  tëgula  > 
//V-j-  suflf.? 

Vie,  vt',  cras  sur,  neuve,  G.,  lat.  via,  chemin. 

3.   Outils. 

Aichelatte,  èlslàt,  pré  1',  Cr.  (r.  r.  1683),  lat.  scala  -}-  itta, 
fr.  petite  échelle. 

Aiguille,  àdyoy,  clos  1',  M.  (r.  r.  1683),  lat.  *acucula. 

Antes,  àl,  champ  des,  P.,  cf.  Z.  f.  r.  Ph.  29,  529  celt.  *camb-ita. 

Archenat,  drtsnà,  1',  M.,  nom  de  champ,  lat,  arca  >  drlS, 
coffre  de  bois,  destiné  à  la  conservation  de  la  farine  ou  des  graines: 
-|-  suff.  -onem  +  ittu,  le  mot  est  éteint. 

Arsattes,  drsdl,  aux,  M.  P.  Noms  de  prés,  de  lat.  hirpicem 
+  itta    ou    plutôt    herpex,    cf.    M.-L.    Einf.    p.  141,    mot    éteint, 

petite  herse? 

Charuatte,  tMriiàl,  champ.  M.,  dim.  de  iSdru'  (-itta). 

Charrue,  ISdrW,  la,  M.,  lat.  carruca. 

Chelatte,  la,  Cr.  Fausse  graphie  lisez  l'êtSlât,  voyez  Aiche- 
latte. 

Coulou,  cûlûy  sous  le,  P.  (1683  r.  r.  Coulloup),  lat.  colato- 
rium,  fr.  couloir,  a)  instrument  de  laiterie,  à  travers  lequel  on 
fait  passer  le  chaud-lait,  b)  pente  rapide  par  laquelle  on  dévale 
le  bois  des  hauteurs. 


41 

Crèche,  crëts,  champ  de  la,  M.,  est  fr. 

Dozerse,  ddz§rs,  sous  la,  M.,  mot  éteint.  Nom  de  Métairie 
et  du  fin  âge  attenant.  Le  texte  cité  en  note  fait  voir  que  le  mot 
est  un  composé  de  dQ{z)  prépos.  (de-post)  (?)  sous,  +  herse,  fr. 
(b.  lat.  arsa).i 

Etriou,  êtriyu,  fenatte  de  1',  M.,  du  lat.  *strigulatorem,  fr. 
petite  fin  de  l'étrilleur. 

Faucilles,  fâséy,  plain  des,  R.,  crêt  des,  lat.  falcicula. 

Faux,  fa,  champ  de  la.  G.,  lat.  falcem. 

Grangeattes,  grçdzàt  [ib^j^x.x),  les,  G.,  lat.  granea -f- itta. 

Grepon,  grpQ,  R.  Nom  de  prés  rapides,  dér.  de  l'ail. 
krampon  avec  passage  de  cr  à  gr,  fr.  crampon,  crochet  de  fer  qui 
se  fixe  aux  chaussures;  anciennement  en  usage  chez  nos  faucheurs 
sur  les  pentes  très  inclinées,  en  usage  encore  dans  les  Alpes. 

Heurtons,  hortii,  les,  G.  Nom  d'un  terrain  rapide,  s.  m.  du 
rad.  -urt  -f-  suff.  -orium,  fr.  heurtoir.  Outil  de  charretier  placé  à 
l'arrière  du  char  pour  éviter  le  recul  en  arrêt. 

Marchât,  màrtsâ,  au,  Cr.  Nom  de  pré,  outil  de  charpentier, 
petit  levier  en  bois,  s.  verb.  de  màrtsV  <;marcare  à  l'aide  de 
-ittu,  comme  )[û^tâ,  instrument  de  charretier,  bois  qui  sert  à 
tendre  les  chaînes  du  char  chargé,  de  yji^ià  ■<  substare  (souster) 
appuyer,  soutenir. 

Menue,  mauve,  crau  de,  ÎM.,  nom  presque  éteint,  lat.  *mani- 
vellum,  terme  de  maçon,  levier. 

Palatte,  pâlàt,  sur  la,  lat.  pala  +  itta.  a)  petite  pèle, 
b)  paleron  (cf.  suisse  ail.  Schû^eli). 

Râtelât,  rdtlà,  champ,  R.,  lat.  rastellum  +  ittu,  fr.  petit 
râteau. 

rçdnà,  dç  là,  R.  Nom  d'un  chemin  construit  à  l'aide  de  rç 
lat.  rotundum,  bois  cylindrique  qu'on  enfonce  dans  la  terre  mou- 
vante pour  la  consolider.  Le  nom  doit  être  dérivé  d'un  verbe 
disparu  rodnà,  dont  il  présente  encore  le  part,  passé  au  fém.  lat. 
rotundinata. 

Ruatte,  riiàt,  la,  M.,  fr.  le  rouet. 

Seut,  .forclos  du.  M.,  mot  presque  éteint,  champ  du,  rière  le 
(1383  seuc,'  1774  seuc  a.  c),  so  ne  vit  plus  que  pour  désigner 
la  poutre  médiane  du  plancher  de  grange.  Les  anciennes  graphies 
renvoient  à  *soccu  celt.,   fr.  soc  de  la  charrue. 

Tornat,  iorna,  Cr.,  s.  m.  de  tornà,  fr.  tourniquet. 


1  a)  Tr.III,  No.  50,  anno  1306  —  annuatim,  decem  solides  dena- 
riorum  de  pratis  dictis  dan  „Reinier"  sitis  in  maiori  monte  de 
Arsa.  —  b)  „Liber  vitae"  monasterii  Grandisvallensis:  IV  idus 
Hereonis  sociorumque  eius  Dominus  Petrus  miles  in  Rennedorf 
dédit  pro  se  et...suum  dictumpratumReinier  in  Monte  Herse, 
octo  solides  — . 


42 

Treuil,  //■///,  fond  du,  R.  Nom  d'un  couloir  (toutes  les  an- 
ciennes graphies  ont  treuil),  lat.  torculum.  J'attribue  la  dispa- 
rition de  la  mouillure,  ou  plutôt  de  j',  au  fait  que  le  mot  comme 
appellatif  se  trouve  in  pausa. 

Treyat,  trâ'yâ,  pré,  M.  s.  m.  dér.  à  l'aide  du  suff.  -ittu  de 
tràr  <  trahere,  terme  de  laiterie,  fr.  baquet  à  traire. 


c) 

Noms  de  lieu  d'origine  ecclésiastique. 

Abbé,  àbê,  clos  1',  M.,  place  1',  G. 

Chapelle,  tSàpàl,  clos  la.  P.,  l'édifice  a  disparu. 

tsâclt'r  dëz  afe°',  R.,  cavernes,  lat.  caldaria  et  infernum, 
fr.  chaudière  des  enfers.  L'on  fait  remonter  l'origine  de  ce  nom 
à  une  ancienne  et  singulière  coutume,  qui  consistait  à  précipiter 
de  ces  rochers  les  vieux  chevaux  plutôt  que  de  les  abattre. 

Claverie,  fàvrV,  champ  de  la.  Le  nom  n'est  plus  compris. 
C'était  sans  doute  la  maison  ou  le  bureau  du  yavl*,  portier,  sacris- 
tain, qui  avait  à  percevoir  la  dîme.i 

Creuzgang,  (1683  r.  r.),  M.  Nom  disparu,  l'ail.  Kreiizgang, 
cloître. 2 

Croulz,  cru,  de  la,  Nant.  R.  Ste.  B.,  champ  de.  St.  M.,  lat. 
crucem.  Le  pays  étant  protestant,  toutes  ces  croix  ont  disparu 
après  la  réforme. 

Sî  crû,  B,,  aujourd'hui  disparu,  était  une  annexe  du  couvent 
M.-G.  (voyez  Tr.  vol.  V,  p.  44). 

cruzà/,  là,  R.,  lat.  crucitta. 

Dame,  dam,  la,  M.,  champ  la,  G.  Le  savant  Quiquerez 
pensait  qu'il  fallait  expliquer  les  nombreux  noms  de  lieu  porteurs 
de  ce  nom  par  les  superstitions  populaires  qui  se  rattachent  à  la 
Dame  blanche,  sorte  de  fée,  dont  le  souvenir  n'est  en  effet  pas  com- 
plètement éteint.3  Pour  nous,  cette  explication  n'est  pas  valable; 
ces  terres  étaient  tout  simplement  des  possessions  des  religieuses 
de  Soleure,  que  les  actes  du  moyen  âge  déjà  mentionnent  par  nos 
dames  de  Soleure  ou  noire  dame  (l'abesse). 

Eglise,  rière,  M. 

Gros  coeur,  l'oeuche,  M. 

*  Du  Cange,  clavarius.  L'on  trouve  dans  Tr.  à  plusieurs  reprises 
(les  actos  signés  N.  N.  clavigero  (p.  ex.  p.  202  anno  1270  Burcardo  cla- 
viRcro) 

*  Ce  nom  allemand  ne  doit  pas  surprendre  étant  donné  l'origine  alle- 
mande de  la  majorité  des  chanoines  de  Moulier-Grandval.  Les  derniers  pans 
de  mur»  de  l'ancien  cloître  ont  disparu  vers  1860;  il  ne  reste  qu'un  seul 
témoin  de  l'ancien  monastère,  c'est  un  cercueil  de  pierre  enfoui  sous  la  végé- 
tation du   petit  cimetière  de  Challière. 

*  La  tante  Arie  n'en  n'est  qu'une  vaiiante,  voyez  La  saint  Nikolas  dans 
U  Jura,  C.  Ilornsiein,  Actes  d.  1.  soc.  d'émul.  Jurassienne  1889,  p.  235  et  s. 


43 

Maibre  coeur,  pré,  B.  (XV^  s.  mebre  cour,  1548  Mabre 
cueur  a.  c.)  (1308  Maberku),  (Merbricur  XIV=  s.),  orig.?  une 
ancienne  annexe  de  M.-G.  Nom  d'une  localité  disparue,  que  le 
savant  historien  avait  vainement  cherché  à  identifier  (cf.  Tr.  III,  1 50, 
serait-ce  un  village  détruit?). 

Moines,  (1683  r.  r.)  prés  es.     Nom  disparu. 

Moutier,  môiV,  village',  lat.  *monisterium  (769  Monaste- 
rium  Grandis- Vallis),  ail.  Munster. 

Prévôt,  champ,  P. 

Sise  St-Germain.  Nom  d'une  rochette  disparue  sur  la- 
quelle se  serait  assis  St-Germain  après  avoir  frayé  selon  la  lé- 
gende le  chemin  à  travers  les  gorges. 


f) 

Noms  de  lieu  d'origines  diverses. 

Adieu,  en,  E.     Nom  d'une  métairie. 

Belle- fa  ce,  hàl-fàs,  R.    Nom  de  forêt  et  de  pâturages  élevés. 

Berdiaie,  bçrdyà,  rière,  P.  (1821  berdiard,  haut  de  pâturage, 
fr.  beau  regard. 

Bonté,  bôlà,  clos  de  la,  P. 

Condemines,2  cddmën,  les,  M.,  champs,  mot  éteint.  (1349 
Condemènes,  1179  Cundimina  Tr.)  se  retrouve  sur  tout  le 
territoire  de  la  suisse  romande  et  au  de  là.  Ct.  de  Vaud:  St.  Tri- 
phon,  Salaz,  Ollon,  Glutinière,  Aronge,  Senarclens,  Echallens  et 
autres,  et  signifie:  pré  mis  à  part,  chemin  au  seigneur,  lat.  cum- 
dominium,  domaine  qui  va  avec  celui  du  Seigneur  (?)  Le  village 
de  Gùmmenen  (Ct.  de  Berne)  en  tire  son  origine  (1259  Con- 
tamina, Fontes  r.  b.).  La  forme  Comblemines  (Ct.  de  Neu- 
châtel)  en  est  l'étymologie  populaire. 

Diel,  sVl,  a,  M.,  graphie  erronée,  lat.  caelum,  ciel. 

Droit,  d}-wà,  le,  forêt,  dans  tous  les  villages,  lat.  directum 
traduit  l'ail.  Sonn-  et  Schattseite  (envers). 

Envers,  tous  les  villages,  lat.  inversum. 

Fief,  /?*,  champ  du,  M. 

Galgenrain,  M.,  doublet  pour  les  crêts,  fr.  crêt  de  la  potence. 

Gendre,  dzïJr,  champ  au,  P.,  lat.  generum. 

Jus,  dzil,  clos  la,  C,  fr.  là  dessus,  là  d''j(tl. 

Lajut,  làdzû,  clos,  M.,  v.  Jus,  même  origine. 

Lai  r  es,  làr,  tyav  â,  cave  a.  G.,  lat.  nom.  latro  >  làr,  fr.  ca- 
verne aux  voleurs. 

Maire,  mar,  champ  a.  M.,  doz  chez  le,  lat.  maior. 


1  Voyez  Tr.  vol.  I.     La  vie  de  St-Germain,  écrite  par  Bobolène. 

*  Du  Cange,  Condamina  vel  Condomina;  Narbonensibus  con- 
domine,  quasi  Condominium  a  jure  unius  Domini  dicta,  vel  ut  alii  voluni, 
quasi  campus  Domi7ii, 


44 

Memin,  in?mî,  sur,  M.  P.     Grand'mère. 

M  al -marié,  mâmàrià,  pré,  M.  G. 

Mauvais,  champ  du,  C.     Est  français. 

Milieu,  tnwàtà,  champ  du,  P. 

Papon,  pàpô,  essert,  P.,  cras,  E.  C,  lat.  pap  +  onem, 
grand-père. 

Schibefeld,  doublet  ail.  pour  clos  du  Seut,  fr.  champ  des 
cibles. 

Schattedôrfliraatt,    doublet   ail.    pour   pré    Ste-Catherine. 

Schwedeloch,  fr.  Caverne  des  Suédois,  dans  les  gorges  de 
Moutier  dominant  le  pont  de  Peine.^ 

Sou  s -Fort,  champ,  M. 

Travers,  iràve'^,  fin  de,  M. 

Trousseau,  trosë,  pré  du,  M. 

Versmont  (1683  r.  r.),  pré,  en.  Nom  disparu,  lat.  versus 
montem. 

vu'àrtà,  prà  di,  R.,  lat.  veritatem. 

vëy,  prà  d'ià,  Cr.,  lat.  *vecla,  vieille. 


g) 

Noms  d'origine  obscure. 

Alité,  {1683  Alytthé),  aujourd'hui  Ste-Catherine,  en,  M, 

Belvays,   1683  r.  r,,  es  champs,  Cr, 

Bésergit,  bëzardzi,  en,  sous,  G. 

Charantennes,  tsâràtm,  C,  pré. 

Ch  au  brut,  Isâbrû,  G. 

Coaras,  cwàra,  clos  de,  C. 

Courrents,  prés,  M.  (r.  r.    1683). 

Courses,  clos,  M.  (1683  r.  r.),  nom  disparu. 

Crayeux,  crào,  dessous.  G.,  pré. 

Diepôt,  di'pç,  au,  a,  M.,  champ. 

Dornzeli,  ira,  M.,  ail. 

Grémillins,  grsmlt,  pâturages,  B.  (1624  gremillin,  1480c, 
griraillin)  peut-être  dérivé  de   <^rmd  mâcher  des  aliments  durs. 

Hychos,  ijô,  clos,  Cr.  (1683  r,  r.  Lychos). 

Heucherez,  (r.  r.    1683),  terre.  G.,  nom  disparu. 

Lcuchut,  lulsii,  champ,  E.  Cr.  (1683  brues  l'euchûs  et  l'eu- 
tschus). 

Liez,  yô,  clos  es,  M.,  cras  es  champ,  Cr. 


'  Le  souvenir  du  passage  des  Suédois  pendant  la  guerre  de  trente  ans 
n'est  du  reste  pas  complciement  étf.int  dans  la  contrée,  voyez  Actes  de  la  soc. 
jur.  d^ émulation  1884,  Journal  de  Guillaume  Tr.  .  .  .  publ.  et  annoté  par 
X.  Kohl<  r.  Un  autre  journal  manuscrit  du  XVII=  s.  se  trouve  enfe  les 
mains  de  Mr.  pasteur  Krieg  (Grandval),  et  contient  des  renseignements  inédits 
à  ce  sujet. 


45 

Mahon,  (r.  r.   1683),  près,  M. 

Malischon,  (r.  r.  1683),  montagne  de,  Cr.  (aussi  malison), 
nom  disparu. 

Me  no  s,  mnô^  prés,  E, 

Moratte,  morât,    la,  là,   M.     Nom    d'une  maison  à  M. 

Novelan,  nove/o,  le,  B.,  fausse  graphie,  prés. 

Ouchin,  ûtst,  pré,  M.  (1673  Houchin,  Huochin,  1612 
hutschin).     L'étym.  populaire  fait  de  prà  ulsi,  pré  au  chien. 

Paiche,  pas,  cornât,  C. 

Paiperoz,  pàprô,  le.  G.,   prés. 

Pellus,  plii,  les,  G.,  prés. 

Revosaine,  roche,  R.,  nom  disparu  (XVIP  s.). 

Ricoz,  {r.  r.  1683),  prés,  M.,  probablement  un  nom  d'homme. 

Schlueg,  slu'^g,  le,  â,  M. 

Tschetsch  fa  no,  isà/s  fânç,  R.  Nom  d'une  grotte  de  sta- 
lactites presque  ignorée,     iâ  isdts  fanq. 

Vârcol,  là,  R.     Nom  d'une  lisière  de  forêt. 

Varreraye,    1592,  (voyeray),  C.  M. 

Verguin,  vwdrdyi,  M.  (1544  vergin),  pré. 

Voirrins,  (r.  r.    1683),  es  champs,  Cr. 


c. 

Conclusion. 


1°.  Pris  dans  leur  ensemble,  les  noms  de  lieu  des  paroisses 
Moutier  et  Grandval  présentent  une  image  fidèle,  quoique  in- 
complète, de  la  physionomie  topographique  de  la  vallée.  Leur 
analyse  fournit  une  contribution  documentée  à  l'histoire  rurale, 
industrielle  et  économique  de  la  région.  Ainsi  plusieurs  noms  de 
lieu  ont  conservé  le  souvenir  de  cultures,  d'industries,  de  con- 
structions, d'habitudes  et  de  moeurs  disparues. 

20.  Un  petit  nombre  offre  encore  un  état  de  langue  différent 
et  antérieur  à  celui  du  parler  actuel.  Immobilisés  dans  leur  isole- 
ment et  sortis  de  la  langue  vivante,  ces  appellatifs  joueront  dans 
l'histoire  de  l'évolution  des  sons  le  rôle  que  jouent  les  pétrifications 
dans  la  détermination  des  couches  géologiques  du  globe.  Ils 
viennent  confirmer  l'idée  toujours  plus  plausible  que  les  parlers 
régionaux  se  sont  influencés  réciproquement  par  voie  d'assimilation 
plus  fortement  qu'on  ne  le  pensait  jusqu'ici,  et  qu'une  large  partie 
du  vocabulaire  de  nos  patois  ne  sont  que  des  emprunts.  En  effet, 
en  face  de  l'importation  incessante  de  formes  et  de  mots  nouveaux 
supplantant  ceux  du  cru,  il  y  a  une  permanente  tendance  d'assimi- 
lation qui  transforme  les  nouveaux  venus  avec  un  siàr  instinct  pour 
l'analogie  selon  les  lois  de  la  phonétique  locale.^  De  là  l'apparente 
homogénéité  de  nos  patois. 

30.  Malgré  l'ancienne  voie  romaine  qui  reliait  autrefois  Aven- 
ches  à  Auguste  des  Rauraques,  aucun  nom  de  lieu  ne  donne  à 
supposer  un  état  de  civilisation  antérieur  à  celui  qu'ont  amené  et 
propagé  dès  le  8''='"'=  siècle  les  moines  Bénédictins  (St-Valbert  et 
St- Germain),  fondateurs  du  monastère  et  couvent  dit  Moutier- 
Grandval  et  de  ses  annexes  successives.  Ni  la  forme  ni  le  nombre 
des  noms  de  lieu  d'origine  allemande  ne  sauraient,  en  face 
de  la  grande  majorité  d'origine  latine,  mettre  en  doute  que  la 
langue  des  premiers  colons  de  la  vallée  et  de  leur  postérité  n'ait 
été  jusqu'à  nos  jours  l'idiome  roman. 


*  Les  idées  de  l'auteur  s'étant  modifiées  depuis  peu  sur  ce  point,  il 
convient  de  la  contradiclion  qu'il  y  a  entre  la  manière  traditionnelle  de  for- 
muler les  étymologies  dans  ce  travail  et  les  termes  de  sa  conclusion. 


47 

4^.  Considéré  dans  son  état  actuel  ce  dernier  présente, 
comparé  aux  parlers  locaux  avoisinants  des  différenciations  notables 
vers  l'Ouest  (Sornetan,  protestant)  et  le  Sud  (Court  protestant), 
mais  point  vers  le  Nord  (Courrendlin,  Rebevillier,  Elay,  ca- 
tholiques), ce  qui  nous  porte  à  croire  que  le  mouvement  d'im- 
migration s'est  produit  du  Nord  au  Sud,  c'est-à-dire  de  Delémont 
vers  Moutier  par  la  vallée  de  la  Birse,  et  de  là  dans  les  deux 
vallons  latéraux  de  la  Raus  et  de  la  Challière. 


Errata. 


p- 
p- 

1 
3 

ligne 
note 

30  ethnographe      r 
2     chevaline 

lu  lieu  de  ethnographe 
,     „      ,,    chevalline. 

p- 

4 

ligne 

I   Franches 

,     „      „    franches. 

p- 
p- 

4 
5 

>> 

7  ou 

6  (protestants)       , 

,     „      „    on. 

,     „      „    catholiques. 

p- 

7 

„ 

15  lana 

,     „      „    ana. 

p- 

9 

)i 

17  déroutants          , 

,     „      „    déroutant. 

p- 

13 

31   *cinquanta 

,     ,,      ,,    *cinquante. 

p- 

13 

„ 

34  kanna 

,     „      „    canna. 

p. 

14 

note 

2     on 

„     „      „    ou. 

p- 
p- 

22 
28 

)> 

4     paysans 

I      fais 

,     „      ,,    paisans. 
,     „       „    fait. 

p- 

30 

„ 

I     XIV,  p.  284. 

.     „       „    XV. 

Curriculum  vitae. 


L'auteur  de  ce  travail  est  né  à  Loerrach  (Grand -Duché  de 
Bade).  Ma  famille,  française  de  langue,  est  originaire  de  Roches 
au  Jura  bernois.  Jusqu'à  l'âge  de  seize  ans,  j'ai  fréquenté  le  gym- 
nase de  ma  ville  natale,  puis  jusqu'à  l'examen  de  maturité  (1897), 
celui  de  Neuchâtel.  A  l'Académie  de  cette  même  ville  je  fis  ma 
licence  „ès-lettres  modernes"  (i8gg).  Je  ne  saurais  passer  sous 
silence  le  nom  de  mon  vénéré  professeur  de  littérature  franc^aise 
Henri  Warnery  dont  l'enseignement  eut  une  influence  décisive 
sur  la  direction  de  mon  esprit.  C'est  à  ce  regretté  maître,  qui 
m'inspira  le  goût  des  lettres  françaises,  que  vont  aujourd'hui  mes 
sentiments  d'affectueuse  reconnaissance.  Je  partis  en  igoo  pour 
Munich  où  j'eus  l'occasion  d'apprécier  les  cours  de  Wôlfflin  sur 
le  latin  vulgaire  et  ceux  de  Paul  sur  des  questions  de  philologie 
allemande.  A  Zurich,  oîi  je  terminai  mes  études  en  1903,  j'eus 
le  bonheur  d'entendre  encore  M.  Henri  Morf  et  de  travailler 
sous  sa  direction  au  séminaire  roman  de  cette  Université.  C'est  lui 
et  ses  élèves  MM.  Gauchat  et  Tappolet  qui  ont  éveillé  en  nous 
leurs  étudiants  un  vif  intérêt  pour  la  dialectologie  et  notamment 
pour  les  patois  de  notre  Suisse  romande.  En  leur  réitérant  ici 
l'expression  de  ma  gratitude,  je  tiens  à  dire  aussi  mes  sentiments 
d'estime  et  de  reconnaissance  sincères  à  mes  professeurs,  MM. 
E.  Bovet  et  J.  Ulrich. 


Ch.  de  Boche. 


Imprimerie  Ehrhardt  Karras,  Halle  a.  S. 


67691 


i 


University  of  British  Columbia  Library 

DUE  DATE 

FORM    3,0                                                                                                                                             ^^^ 

GISCARD 


UNIVERSITY   OF   B.C.    LIBRARY 


3  9424  01147  7749 


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